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À Cergy, un père de famille retrouvé mort, ligoté et bâillonné, tandis que sa femme et ses enfants étaient placés en garde à vue. L’affaire a d’abord sidéré par sa cruauté, avant de déranger par sa rareté : quand c’est l’homme la victime, les mots manquent. “Féminicide” existe, “masculinicide” non. Et pourtant, un cinquième des morts violentes au sein du couple en France sont des hommes. Ils ne meurent pas que d’amour, mais aussi du silence qu’il inspire.
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Irène Adler
Quand le scénario s’inverse
Chaque année en France, près de 120 personnes trouvent la mort sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. En 2023, selon le ministère de l’Intérieur, 96 femmes et 23 hommes ont été tués. Soit un ratio de 4 pour 1 : pas négligeable, mais rarement évoqué. Le féminicide a son observatoire, son vocabulaire, sa cause nationale ; les hommes, eux, disparaissent dans une note de bas de page. “Les statistiques parlent d’eux sans les nommer”, constate un criminologue. Peut-être parce qu’un homme battu dérange la narration dominante : il ne rentre pas dans le cadre.
Jaloux, trompés, effacés
Dans la majorité des cas, les hommes tués par leur compagne le sont sur fond de dispute ou de vengeance. Jalousie, infidélité, séparation mal vécue : les motifs sont humains, universels, mais les moyens diffèrent. Poignard, fusil, poison, parfois le feu. Les femmes auteures de ces homicides représentent environ 13 % des meurtriers dans les affaires conjugales. Moins nombreuses, mais pas inexistantes. Et quand la violence féminine surgit, elle le fait souvent après des années de tension, d’humiliation ou de domination inverse : la frontière entre vengeance et légitime défense devient floue.
1 homme sur 5, et personne n’en parle
Dire qu’un homme sur cinq des morts conjugales est un homme, ce n’est pas relativiser les féminicides. C’est rappeler qu’il n’existe pas de monopole de la souffrance. En 2024, la “mission interministérielle de lutte contre les violences faites aux femmes et aux hommes” a recensé 138 morts violentes au sein du couple : 111 femmes, 27 hommes. L’écart se réduit légèrement, mais le discours reste univoque. Ces hommes-là meurent souvent dans l’indifférence. Ni marche blanche, ni “plan d’urgence”, ni mot dédié. L’amour est universel, mais le deuil médiatique, lui, reste genré.
Le silence, arme sociale
Sociologiquement, l’homme victime gêne. La virilité supposée interdit la plainte : un homme battu, insulté, menacé, hésite à déposer. “Je ne voulais pas passer pour une mauviette”, confiait un rescapé interrogé par Le Monde en 2022. Résultat : les associations d’aide aux victimes dénombrent moins de 10 % de plaintes masculines pour violences conjugales, là où les femmes franchissent plus volontiers le pas. Ce biais d’expression alimente l’invisibilité statistique, donc politique. Les pouvoirs publics n’ayant pas de catégorie claire pour les “homminicides”, l’échelle de prévention demeure à sens unique.
Et ailleurs ?
À l’échelle mondiale, selon l’ONU, 81 % des victimes d’homicide sont des hommes. Mais le rapport s’inverse dans la sphère intime : près de 60 % des meurtres commis par un partenaire ou un proche visent une femme. Autrement dit, les hommes meurent davantage dehors — guerres, règlements de compte, rue —, les femmes à la maison. C’est la tragédie géographique du genre. Pour autant, les “androcides” existent : en Espagne, en Italie ou au Canada, plusieurs affaires ont ébranlé l’opinion, souvent sur fond de séparation ou de garde d’enfants. En France, la notion reste taboue.
Une affaire d’angles morts
Le terme “féminicide” a servi à nommer un mal. Créer son opposé ne serait pas une provocation, mais une précision. Car les chiffres ne disent pas tout : ils racontent aussi l’impossibilité pour certains hommes d’être crus, ou même plaints. Dans les affaires les plus médiatisées, la victime masculine devient suspect par réflexe : on cherche ce qu’il a fait, pas ce qu’il a subi. C’est une double peine : la mort, puis la présomption de faute.
La guerre des genres n’aura pas lieu
Ce n’est pas un concours de douleurs. La symétrie n’existe pas, mais l’angle mort, lui, persiste. Derrière chaque féminicide, il y a une domination ; derrière certains homicides d’hommes, une folie, une vengeance, une rage identique. La société a choisi un mot pour l’un, pas pour l’autre. Peut-être par pudeur, peut-être par peur de relativiser. Pourtant, rappeler que la violence conjugale tue dans les deux sens, c’est ne rien retirer à personne. C’est rendre justice à tous.
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Ce que l’IA verrait… dans les couples qui s’entre-tuent
Elle ne verrait ni hommes ni femmes. Ni victimes ni bourreaux. Juste des données. Des trajectoires qui s’entrelacent, s’usent, se défont. Des battements irréguliers. Des échanges de messages à 2 h 37, des silences prolongés, des géolocalisations incohérentes. Elle verrait des courbes, pas des cœurs.
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