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Explosion des arrêts maladie pour épuisement mental chez les moins de 30 ans

Luna Myriandreau

Un article de

Les arrêts maladie progressent en France depuis trois ans. Et nettement chez les moins de 30 ans. Chez eux, la part des motifs psychologiques - anxiété, stress chronique, épuisement mental - augmente significativement. Les chiffres sont publics, les institutions les documentent. Reste à comprendre ce qu’ils disent réellement.

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Luna Myriandreau
Une génération plus arrêtée que les autres


En 2024, près d’un jeune actif sur deux a connu au moins un arrêt maladie dans l’année, soit environ sept points de plus que la moyenne nationale des salariés. Les données consolidées des grands baromètres d’absentéisme convergent : les moins de 30 ans sont désormais la classe d’âge la plus fréquemment arrêtée. Le phénomène n’est pas marginal ni ponctuel ; il s’inscrit dans une progression continue depuis la période post-Covid. Chez les plus de 50 ans, à l’inverse, les taux d’arrêt demeurent nettement inférieurs. Le différentiel interroge.

Plus significatif encore : la nature des arrêts évolue. Les troubles psychologiques représentent désormais environ un cinquième des motifs déclarés chez les jeunes actifs, proportion en hausse constante. Les risques psychosociaux constituent par ailleurs la première cause des arrêts longs en France, dépassant désormais certaines pathologies physiques classiques. Ce basculement n’est pas interprétatif ; il est parfaitement mesuré.



Le poids croissant des troubles mentaux


L’Observatoire des arrêts de travail chiffre le taux global d’absentéisme à plus de 4 % en 2024, en augmentation par rapport à l’année précédente. Dans ce volume, la santé mentale occupe une place croissante. Le cabinet Empreinte Humaine estime que 31 % des salariés présentent un risque de burn-out, dont environ 10 % à un niveau qualifié de sévère. L’Organisation mondiale de la santé définit le burn-out comme « un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès ». La définition se veut clinique, précise, encadrée.

Mais le mot, lui, a quitté les revues spécialisées. Il circule désormais dans les conversations ordinaires, sur les réseaux sociaux, dans les échanges professionnels. Il est devenu un terme courant, parfois un raccourci, parfois un étendard. Ce glissement n’invalide pas la réalité des souffrances ; il modifie cependant leur perception. Lorsqu’un concept médical s’installe dans le langage commun, il change de statut : il éclaire, mais il simplifie aussi. La frontière entre diagnostic rigoureux et usage culturel devient plus floue...

Les jeunes salariés apparaissent donc particulièrement exposés. Plusieurs enquêtes nationales indiquent que les 18-30 ans déclarent plus fréquemment des symptômes d’anxiété et d’épuisement que les tranches d’âge supérieures. La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) observe par ailleurs que les conditions d’entrée dans l’emploi - contrats courts, instabilité, faible autonomie décisionnelle - constituent des facteurs aggravants de risques psychosociaux.



Une fragilité nouvelle ou un environnement plus dur ?


La question ne serait pas morale mais structurelle. Les jeunes générations travailleraient davantage sous pression d’évaluation permanente, d’hyper-connexion et de performance individualisée...

Le télétravail, censé assouplir l’organisation, a parfois accentué l’effacement des frontières entre vie professionnelle et vie privée. Les médecins du travail soulignent que l’épuisement mental ne résulte pas uniquement d’une surcharge quantitative, mais d’un déficit (perçu) de reconnaissance et de sens.

Le professeur Philippe Zawieja, spécialiste des risques psychosociaux, rappelle que « le burn-out n’est pas une faiblesse individuelle, mais l’expression d’un déséquilibre prolongé entre exigences et ressources ». Autrement dit, la variable ne serait pas seulement la robustesse des individus, mais l’architecture du travail lui-même. L’argument est sérieux, étayé par de nombreux travaux en psychologie du travail et en ergonomie organisationnelle. Les recherches montrent en effet que l’absence d’autonomie, la surcharge chronique ou le défaut de reconnaissance constituent des facteurs objectivables de risque.

Mais cette lecture structurelle n’épuise pas la question. Car si l’organisation produit des contraintes, elle n’annule pas la diversité des réponses individuelles. Deux salariés exposés à des exigences comparables ne réagiront pas de la même manière. L’architecture du travail explique une part du phénomène ; elle ne supprime pas la dimension personnelle, ni la capacité variable d’endurance. Le débat n’oppose donc pas sérieux scientifique et scepticisme moral. Il interroge la proportion respective des causes.

Et c’est précisément dans cet équilibre, entre organisation et responsabilité individuelle, que se loge aujourd’hui la controverse.



Un coût humain et économique mesurable


Les troubles psychiques liés au travail représentent désormais plusieurs milliards d’euros de coût annuel pour l’économie française, en incluant indemnités journalières, désorganisation des équipes et perte de productivité. Au niveau européen, le coût des troubles dépressifs liés aux facteurs psychosociaux est estimé à plus de cent milliards d’euros par an. L’enjeu dépasse donc le malaise générationnel ; il touche la soutenabilité du système social.

La santé mentale a été désignée grande cause nationale en France, signe que le phénomène est reconnu au plus haut niveau de l’État. Pourtant, la prévention demeure hétérogène selon les entreprises. Les dispositifs existent : évaluation des risques psychosociaux, formation managériale, suivi psychologique. Leur déploiement reste inégal.



Ce que disent réellement les chiffres


L’augmentation des arrêts pour épuisement mental chez les moins de 30 ans ne relève ni d’une simple « sensibilité accrue », ni d’une hypothèse médiatique. Elle repose sur des séries statistiques convergentes : taux d’arrêt plus élevés, part croissante des motifs psychologiques, prévalence importante du risque de burn-out. Les données ne tranchent pas le débat culturel sur la « résilience » des générations. Elles établissent un constat : la santé mentale des jeunes actifs pèse désormais de manière significative sur l’absentéisme.

Le débat légitime porte donc moins sur la réalité du phénomène que sur son interprétation. S’agit-il d’une meilleure reconnaissance médicale de souffrances anciennes ? D’une intensification objective des contraintes professionnelles ? Ou d’une transformation du rapport au travail ? Les chiffres ouvrent la discussion, ils ne la closent pas. Mais ils interdisent désormais de la réduire à une impression.

Et dans ce domaine comme dans tant d’autres, la responsabilité politique sera décisive. Il faudra du courage aux législateurs pour nommer les phénomènes sans céder à la mode, distinguer la souffrance avérée de l’effet culturel, renforcer la prévention sans encourager l’irresponsabilité, protéger sans infantiliser. La réponse ne pourra être ni purement budgétaire, ni purement morale. Elle devra être proportionnée, précise, et surtout assumée. En un mot, adulte. 

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