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Fauteuils roulants : la vraie révolution

Luna Myriandreau

Un article de

Dès aujourd'hui, les fauteuils roulants seront intégralement remboursés en France. Une décision passée presque inaperçue... et pourtant, c’est l’un des plus grands tournants du handicap depuis vingt ans. Nous sommes tous concernés : nos parents, nos proches, nos futurs accidents de vie. À l’heure où la dépendance explose, la France rattrape enfin une partie de son retard. Mais que va changer concrètement cette mesure historique ?

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Luna Myriandreau
Une vieille histoire française

On oublie que le fauteuil roulant n’est pas un accessoire, mais un instrument médical ancien, aussi essentiel qu’un médicament. Les historiens en retrouvent la trace dans la Chine du VIe siècle ; en Europe, il faut attendre le XVIIe pour voir apparaître les premiers modèles. En France, le XXe siècle marque la bascule vers un usage médical structuré, mais la modernisation tarde. Jacques Chirac l’avait résumé en 2002 : « La première injustice, c’est l’indifférence. » L’accessibilité fut déclarée “cause nationale”, sans pour autant que les restes à charge disparaissent.



Pourquoi la France était en retard

Les chiffres sont implacables. Selon la CNSA, plus de 400 000 personnes utilisent un fauteuil roulant au quotidien. Et jusqu’ici, un fauteuil manuel coûtant entre 500 et 1 500 € laissait un reste à charge moyen de 350 €. Pour un fauteuil électrique - entre 3 000 et 12 000 € - le reste à charge pouvait dépasser 1 500 €, malgré les aides de la MDPH ou des mutuelles. C’est ce que dénonçait l’APF France Handicap : « On privatise la mobilité des plus fragiles. » Parmi les pays comparables, la France était l’un des derniers à ne pas garantir un reste à charge zéro pour les dispositifs de mobilité essentiels.



Ce qui change aujourd'hui

À partir du 1er décembre, tous les fauteuils roulants, manuels comme électriques, seront remboursés intégralement sous prescription médicale. Cela concerne les personnes en situation de handicap permanent, les personnes âgées en perte d’autonomie, les patients atteints de maladies neurodégénératives, les victimes d’AVC, ou encore les handicaps temporaires (fractures, opérations lourdes). En tout, plus d’un million de Français pourraient être concernés dans les prochaines années, compte tenu du vieillissement démographique et de l’augmentation des pathologies chroniques.


Pour les familles, c’est un basculement majeur : plus de choix contraints “selon le budget”, mais selon le besoin réel. Les médecins MPR et ergothérapeutes pourront prescrire les modèles adaptés - légers, réglables, anti-escarres - évitant ainsi hospitalisations, chutes et douleurs chroniques. L’assurance maladie estime que la mesure coûtera “quelques centaines de millions d’euros par an”, mais pourrait économiser environ 250 millions en complications évitables. Une logique simple : mieux équiper pour moins réparer.



L’impact sur les aidants et les établissements

Les aidants familiaux font partie des grands bénéficiaires silencieux. Le manque d’équipement adapté est l’une des premières sources d’épuisement et de blessures. Selon une étude de la HAS, près d’un aidant sur quatre souffre de troubles musculo-squelettiques liés aux transferts et à la manipulation d’équipements inadaptés. Les Ehpad et les hôpitaux, eux aussi, devront rénover un parc parfois vétuste ; mais l’accès plus large aux fauteuils modernes pourrait réduire l’immobilisation, les escarres et les chutes, qui constituent encore 40 % des accidents en établissement.



Une avancée majeure, mais pas un aboutissement

L’accessibilité reste l’angle mort français. Rembourser un fauteuil n’a de sens que si la ville, la voirie, les transports et les bâtiments sont accessibles. Or, selon le Collectif Handicap, seulement 40 % des établissements recevant du public respectent réellement la réglementation, dix ans après les échéances de la loi de 2005. « On ne peut pas faire porter au fauteuil les défaillances de l’environnement », rappelle la Fédération Française des Ergothérapeutes. La décision de lundi corrige une injustice. Mais elle ne dispense pas de la suivante : adapter enfin le pays aux mobilités réelles.



Pourquoi chacun est concerné

Le fauteuil roulant n’appartient pas qu’aux autres. L’OMS estime que un quart d’entre nous connaîtra, un jour, une perte d’autonomie nécessitant un dispositif de mobilité temporaire ou durable. Chute, AVC, arthrose, accident de la route, fracture banale : la vie bascule vite. Lundi, la France fait un pas vers plus de dignité. Il était temps.


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