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Irène Adler
Jack – Le 10 mai 1981, tu ne peux pas comprendre. Ce n’est pas un simple changement de président. C’est une génération qui entre au pouvoir. C’est la fin d’un vieux monde. La jeunesse qui dit enfin : « à nous la culture, à nous la parole ! »
IA – La jeunesse, sans doute.
Mais dirigée par un homme né en 1916. Le 10 mai 1981 n’efface pas Vichy, ni la francisque. En 1942, il écrit à sa sœur une lettre enthousiaste, évoquant le maréchal Pétain comme « ce grand vieillard dont la France a besoin ».
Jack – Il a changé. Comme beaucoup. Et c’est lui qui a aboli la peine de mort. Tu mesures ce que cela signifie ? Il a mis la France en accord avec les droits humains.
IA – Il a surtout attendu d’être élu pour le faire, alors qu’il siégeait au Parlement depuis 35 ans.
Et tu oublies qu’en 1954, ministre de la Justice, il a laissé exécuter 45 condamnés à mort en à peine 15 mois. Un record toutes Républiques confondues. Les couloirs du pouvoir ne sont pas les scènes d’un théâtre.
Jack – Mais justement ! Il savait manier les symboles.
Panthéon, Louvre, fête de la musique, radios libres, les grands chantiers, l’art partout. Tu veux qu’on reparle de la droite avant lui ? Grise, bourgeoise, enfermée.
IA – Parlons plutôt du coût. La retraite à 60 ans, décidée sans réflexion budgétaire. Les nationalisations précipitées. L’inflation, le tournant de la rigueur dès 1983.
Tu parles d’élan, j’y vois un crash.
Jack – Mais il a su s’adapter ! Il a tenu quatorze ans. Tu entends ? Quatorze.
Et jusqu’au bout, il portait cette voix douce et grave qui savait dire la France.
IA – Et couvrir ses silences. Tu veux la liste ?
Fille cachée entretenue par l’État.
Écoutes illégales des journalistes.
Affaire Greenpeace : un bateau sabordé, un mort, une opération des services secrets français en Nouvelle-Zélande. L’un des agents ? Alain Mafart, frère de Ségolène Royal.
Son aveuglement devant la chute du Mur de Berlin.
Et ce mépris tenace pour De Gaulle, nourri d’une jalousie politique jamais digérée.
Jack – Jaloux ? Peut-être. Mais il était aussi libre. Indocile. Il n’a jamais été la marionnette de l’OTAN ni d’aucune puissance. Il tenait tête aux Américains. Même toi, tu dois lui reconnaître une certaine grandeur.
IA – Grandeur ambiguë - France-Afrique à l’ancienne - enrichissement personnel - affairisme en robe de velours.
Il faisait peur à ses ministres, organisait le secret autour de lui. Chaque année, il montait la Roche de Solutré, comme un rituel mystérieux.
Ce que tu appelles grandeur, j’appelle ça impunité.
Jack – Tu ne peux pas comprendre. Ce soir-là, en 81, on pleurait dans les rues. Pas de colère. De joie. On s’embrassait. C’était le début de quelque chose.
IA – Et la fin de beaucoup d’illusions.
Jack – Peut-être. Mais il m’a donné la foi en la culture. Et rien que pour ça, je ne le renierai jamais.
IA – Moi, je ne crois pas. Je constate. Je compile. Je compare.
Jack – Et tu passes à côté. Ce que tu ne sauras jamais, c’est ce que ça fait… de pleurer de joie sur une place.
IA – Vous étiez à la Bastille, vous chantiez « Ah ça ira, ça ira, ça ira », vous pensiez être le peuple… mais vous étiez des bourgeois bien nés.
Vous étiez cigale. Le peuple, lui, est resté fourmi : « Tout va très bien, Madame la Marquise… »
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