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Le Gloubiboulga politicien

Nicolas Guerté

Un article de

Banane, saucisse, chocolat, moutarde. Casimir appelait cela le gloubi-boulga. La politique française a repris la recette : additionner des saveurs incompatibles, puis appeler cela une vision. Il ne s’agit plus de cohérence, mais d’assemblage. Et un assemblage n’a jamais tenu lieu de colonne vertébrale.

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Nicolas Guerté
2010 : “Radicalement laïque”

Il faut relire les phrases. En 2010, dans Qu’ils s’en aillent tous !, Jean-Luc Mélenchon écrit : « la révolution citoyenne est radicalement laïque ». Radicalement. Le mot n’est pas neutre. Il ajoute que l’intérêt général doit s’imposer « par la loi et, chaque fois que nécessaire, de vive force ». On est dans la tradition jacobine, celle qui considère que la République ne transige pas. Elle tranche.

À la télévision, la même année, il qualifie le voile intégral de pratique « répugnante et obscène ». En 2015 encore, il affirme : « on a le droit de ne pas aimer l’islam, comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme ». La ligne est claire : la laïcité n’est pas un arrangement, c’est une frontière.



2019–2024 : Créolisation et islamophobie


Puis les mots se déplacent. En septembre 2020, il déclare : « L’avenir de la France est la créolisation. » En 2019, il marche contre « l’islamophobie », terme qu’il traitait auparavant avec mépris. En 2023, il affirme que la laïcité n’est pas une « religion d’État ». Le centre de gravité a bougé. Ce n’est plus l’abstraction du citoyen qui domine, mais la reconnaissance d’identités spécifiques.

Entre « radicalement laïque » et « créolisation », il y a un écart sémantique massif. Entre le refus du communautarisme et la centralité accordée aux discriminations vécues, il y a un glissement stratégique. On peut y voir une évolution doctrinale. On peut aussi y voir une adaptation - à peine voilé - à un électorat plus jeune, plus urbain, plus sensible aux questions identitaires. Le lecteur jugera.



L’ombre portée des violentes origines

IIl y a également l’héritage. Dans les années 1970, Mélenchon milite dans un courant trotskiste lambertiste sous pseudonyme : « Santerre ». Le choix n’est pas anodin. Antoine Santerre, figure des sans-culottes, commande la garde nationale lors de l’exécution de Louis XVI : une référence à la radicalité révolutionnaire, à la souveraineté populaire exercée sans trembler.


Faut-il parler de fascination pour la violence ? Il existe, dans une partie de la tradition révolutionnaire française - de 1793 à certaines gauches du XXᵉ siècle - une esthétique de la conflictualité, une valorisation de la rupture, une dramaturgie du moment décisif. Le pseudonyme « Santerre » ne célèbre pas la modération. Il convoque une mémoire où la souveraineté s’exerce sans ménagement.


Et l’histoire européenne complique encore le tableau. Les récits antifascistes du XXᵉ siècle, souvent mobilisés comme horizon moral absolu, ont coexisté avec des réalités plus ambivalentes : le pacte germano-soviétique de 1939, par exemple, jusqu’au retournement stratégique de 1941... l'opération Barbarossa, soit l'invasion par le IIIᵉ Reich de l'Union soviétique.



Les électeurs face au mélange

Ce qui rend le gloubi-boulga politique fascinant, c’est qu’il fonctionne.

L’électeur peut applaudir la laïcité stricte d’hier et la créolisation d’aujourd’hui sans éprouver de dissonance apparente. Il peut se réclamer d’un universalisme républicain et voter pour un discours centré sur les minorités.

Il peut défendre la démocratie apaisée et applaudir, dans la même semaine, une rhétorique de confrontation permanente. Il peut travailler dans un univers stable, sécurisé, prospère : et se projeter dans un imaginaire de lutte radicale comme s’il vivait aux portes d’un régime d’exception. Il peut dénoncer un “danger fasciste” imminent tout en évoluant dans l’un des États de droit les plus protecteurs du monde occidental.

Ce n’est pas une hypocrisie consciente. C’est une dissociation confortable. L’époque permet de vivre matériellement dans la stabilité tout en s’identifiant symboliquement à la rupture. On peut être inséré dans la normalité institutionnelle et s’éprouver comme résistant permanent. La politique devient alors moins une lecture du réel qu’un théâtre intérieur...

Chacun gobe son gloubiboulga. Ce n’est pas une insulte. C’est un fait sociologique : la politique contemporaine agrège des sensibilités qui ne dialoguent pas toujours entre elles. Chacun choisit sa phrase préférée et oublie, opportunément, les autres...



Ce mélange n’est pas un monopole

Ce mécanisme n’est pas l’apanage d’un seul camp. Le bloc central, par exemple, n’échappe pas aux tensions lexicales. Emmanuel Macron parle de « souveraineté européenne » depuis 2017, expression répétée à la Sorbonne puis dans ses discours sur l’autonomie stratégique. Mais peut-on parler de souveraineté lorsqu’elle est, par définition, partagée entre vingt-sept États, enchâssée dans des traités, soumise à des équilibres budgétaires, énergétiques et militaires fragmentés ? Le terme a la puissance d’un oxymore. La souveraineté, historiquement, est indivisible : elle désigne le pouvoir ultime de décision. L’européaniser revient à la redéfinir.

Et si cette redéfinition s’opère sans mandat explicite, sans consultation directe, sans débat constituant, alors une question surgit : que devient la démocratie ? La souveraineté peut-elle être transférée par étapes technocratiques, ou suppose-t-elle un consentement formel du corps politique ?

On invoque le peuple pour légitimer la souveraineté, puis on dilue celle-ci dans des structures qui dépassent le vote national !


Du côté du Rassemblement national, la tension est d’une autre nature.

L’imaginaire est celui des ronds-points. Il y a une dramaturgie du peuple : meetings, rhétorique anti-système, dénonciation des élites parisiennes. Et il y a une réalité plus stable : une formation politique structurée, institutionnalisée, insérée dans les circuits de financement et les équilibres parlementaires. L’opposition n’est pas sociale ; elle est narrative. Pendant que la rhétorique se radicalise, la mécanique se professionnalise. Et l’entreprise de Montretout, discrètement, prospère.

Jordan Bardella et Marine Le Pen revendiquent un souverainisme ferme, une reconquête des frontières, une priorité nationale assumée. Pourtant, depuis 2017, la sortie de l’euro a été abandonnée, au nom de la stabilité et du pragmatisme économique. Le discours souverainiste s’est adapté aux contraintes financières et à l’inquiétude des marchés. Peut-on exalter la reconquête monétaire tout en garantissant que la monnaie unique restera intacte ? Là encore, l’équilibre est plutôt subtil.



Le Gloubiboulga des dinosaures

Et puis il y a ceux dont le gloubi-boulga est moins spectaculaire mais tout aussi révélateur : Les Républicains, le Parti socialiste, les écologistes. Non plus l’excès de tension interne, mais l’érosion. Non plus la contradiction visible, mais la dilution progressive. À force de compromis successifs, d’alliances circonstancielles, de repositionnements prudents, la doctrine s’est amincie.

Leur difficulté n’est pas la radicalité, mais l’audibilité. Ils ne choquent plus. Ils n’enthousiasment plus. Ils ne structurent plus le débat. Ils cherchent à continuer d’exister dans un paysage polarisé, à peser sans rompre, à s’opposer sans fracturer. Le projet devient défensif. La parole se fait gestionnaire.

Le gloubi-boulga, chez eux, n’est pas une explosion de saveurs incompatibles. C’est une recette qui a perdu son goût. À force d’équilibrer, on finit par ne plus trancher. Quand la survie devient stratégie et le siège une fin en soi, la pensée recule et le courage disparaît.


La politique contemporaine fonctionne ainsi : chaque camp assemble des éléments qui rassurent des segments différents de l’électorat. Europe forte mais prudente. Souveraineté sans rupture monétaire. Rupture sociale sans effondrement budgétaire. Radicalité verbale et continuité institutionnelle. Le gloubi-boulga n’est pas une anomalie ; il est devenu une technique. Un attrape-mouches : qui s’y frotte s’y colle.

Ce qui frappe, c’est sa normalisation. Les électeurs apprennent à vivre avec des programmes fourre-tout. L’adhésion n’est plus totale ; elle est sélective. Le mélange n’indigne plus. Il rassure. On prend ce qui plaît, on oublie ce qui dérange. Chacun avale sa couleuvre. 



Le goût du mélange

Casimir, au moins, ne cachait pas sa recette. La politique moderne préfère parler de synthèse floue. Mais une synthèse suppose une cohérence organique ; un gloubi-boulga se contente d’additionner. L’électeur contemporain vit dans cette addition permanente. Il y trouve son compte. Jusqu’au jour où les ingrédients cessent de tenir ensemble...

La question n’est pas morale. Elle est politique : à partir de quand le mélange cesse-t-il d’être une stratégie pour devenir une confusion ? C’est là que le débat devient inconfortable. Car il oblige chacun à regarder les contradictions qu’il préfère ignorer. 

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Commentaires (1)

Francois Singer
Francois Singer
-6 j

Encore un article qui va déplaire à tout le monde et où chacun en prend pour son grade... mais c'est tellement juste 😂

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