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Maisons closes : la France face à son hypocrisie

Nicolas Guerté

Un article de

La proposition de Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, de rouvrir des maisons closes “nouvelle génération” a aussitôt déclenché le réflexe pavlovien : pour, contre, scandale, nostalgie. Et si, pour une fois, on acceptait de regarder la question autrement que par la seule morale, en partant des faits, des chiffres… et de nos propres contradictions collectives ?

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Nicolas Guerté
Des chiffres flous, mais un marché bien réel


Premier constat : la prostitution existe, massivement, qu’on la condamne ou qu’on la tolère. Les estimations parlent de plusieurs dizaines de milliers de personnes en situation de prostitution en France, pour un volume économique d’au moins un milliard d’euros par an. On ne sait pas exactement combien, ni où, ni dans quelles conditions, parce que tout est fait pour que cela reste à moitié invisible : une partie dans la rue, une autre dans des appartements, beaucoup sur Internet.


Depuis 2016, la loi française ne pénalise plus la personne prostituée, mais son client. Sur le papier, c’est une révolution symbolique. Dans les faits, le nombre de clients verbalisés reste très faible au regard de la réalité du marché, et une partie de l’activité s’est déplacée vers des zones encore plus clandestines. Résultat paradoxal : on a moralement affirmé que “l’achat de sexe est inacceptable”, tout en laissant perdurer un marché à la fois massif, informel et difficilement contrôlable.


C’est dans cette zone grise que s’inscrit la proposition Tanguy : rouvrir des lieux encadrés, inspirés des anciens bordels, mais théoriquement gérés en coopérative par les personnes prostituées elles-mêmes, avec surveillance sanitaire, sécurité, normes d’hygiène. Autrement dit : remettre du droit, là où prospère aujourd’hui le non-droit.



Autour de la France, des modèles qui ne résolvent rien


Pour savoir si cette idée est absurde ou pas, il suffit de regarder autour de nous. L’Allemagne a légalisé la prostitution comme “service” depuis plus de vingt ans ; les Pays-Bas encadrent bordels et vitrines ; la Suisse autorise et taxe, avec des règles cantonales ; l’Espagne vit dans une zone grise où les clubs pullulent ; l’Italie, comme la France, interdit les maisons closes mais tolère la prostitution “individuelle”.


Aucun de ces modèles n’est miraculeux. Partout, on retrouve les mêmes lignes de fracture :

  •  Une partie du marché reste clandestine, notamment pour les femmes migrantes, les plus vulnérables.

  •  La traite et le proxénétisme ne disparaissent pas, ils s’adaptent.

  •  La question de la santé (VIH, IST, violences) dépend bien plus des politiques sociales et de l’accès aux soins que d’un simple article de loi.



La légalisation crée-t-elle un appel d’air pour les réseaux ?

Plusieurs études internationales montrent que, dans certains pays ayant légalisé la prostitution, le marché officiel s’est accompagné d’une augmentation parallèle de la traite, attirée par une demande accrue et par la possibilité de se fondre dans le système légal. Autrement dit : encadrer juridiquement ne supprime pas l’exploitation, et peut même offrir aux réseaux une façade “respectable”. La réponse proposée par Tanguy - des maisons closes gérées en coopérative, où les femmes seraient actionnaires et maîtresses de leur activité - vise précisément à couper court à ce risque. Mais est-ce réaliste ? Les expériences étrangères montrent que seules les personnes les plus autonomes, les mieux insérées et les moins précaires accèdent réellement à ces structures. Les plus vulnérables, elles, restent sous influence : dette, migration, chantage familial, proxénètes qui se déguisent en “managers”. Une coopérative peut protéger certaines, mais elle ne protège pas toutes... et c’est là que se loge le doute le plus légitime.



Le commerce du corps : prostitution, GPA, MMA… où met-on la limite ?


Derrière le débat sur les maisons closes, il y a une question plus large : jusqu’où accepte-t-on de vendre son corps ? Les féministes abolitionnistes le répètent : faire du corps un objet de commerce, c’est ouvrir la porte à une forme moderne d’esclavage, surtout pour les plus précaires. Des philosophes comme Michel Onfray font d’ailleurs le lien entre marché du sexe et gestation pour autrui : ventre loué, corps loué, même logique utilitariste.


Mais si l’on suit ce raisonnement, il faudrait aller plus loin. Le MMA offre au public des combats où des hommes - et des femmes - se frappent jusqu’au sang, sous lumière artificielle, pour divertir des spectateurs payants. On interdit les combats de coqs au nom de la souffrance animale, mais on encadre très bien ces combats d’êtres humains ultra-violents, promus par des plateformes mondialisées. Qu’est-ce qui choque le plus : un corps qui jouit contre rémunération, ou un corps ensanglanté qui encaisse des coups pour le spectacle ?


Cette comparaison n’a pas pour but de tout mettre sur le même plan, mais de dévoiler l’incohérence de nos indignations. On s’offusque du “commerce du corps” quand il s’agit de sexualité, on le célèbre lorsqu’il s’agit de sport “extrême” ou de divertissement. La ligne rouge n’est pas évidente : elle passe quelque part entre le consentement, la précarité, la violence, la marchandisation. Encore faudrait-il l’assumer clairement.



Maisons closes, salles de shoot : nos indignations à géométrie variable


Autre paradoxe : nombre de responsables politiques qui refusent l’idée de maisons closes “par principe” sont favorables aux salles de consommation de drogue à moindre risque, les fameuses salles de shoot. L’argument est alors très rationnel : plutôt que laisser les usagers s’injecter dans des cages d’escalier avec des seringues sales, on encadre, on surveille, on réduit les risques sanitaires. On ne valide pas la drogue, on limite les dégâts.


Pourquoi ce raisonnement serait-il valable pour l’héroïne, mais pas pour la prostitution ? Pourquoi un État pourrait-il accompagner, encadrer, surveiller l’usage de substances illégales, et refuser catégoriquement d’encadrer une activité sexuelle qui existe de toute façon ? On peut bien sûr répondre que la prostitution implique un autre être humain, un rapport de domination, parfois une violence invisible. Mais ce serait justement une raison de plus pour sortir les intéressées de la clandestinité, pas une raison de les y laisser !


À l’inverse, ceux qui, comme Tanguy, défendent la réouverture de maisons closes au nom du “réalisme” économique et sécuritaire, sont souvent les premiers à s’opposer aux salles de shoot. Là encore, incohérence : on accepte la logique de réduction des risques pour le sexe, mais pas pour la drogue. Chacun choisit son scandale, son impensable, son tabou.


Et l’on oublie parfois que certains héros de la tech française ont bâti leur fortune dans ces interstices du désir monétisé. Xavier Niel, aujourd’hui figure célébrée de l’innovation, mentor de start-up, ami du pouvoir et symbole d’une France “moderne”, doit une part essentielle de sa réussite… au Minitel rose.

On nous explique, avec le sérieux des tartuffes, que ce "préliminaire" n’a « aucun rapport ». Bien sûr. L’hypocrisie est un art national. Molière avait déjà tout vu : « Cachez ce sein que je ne saurais voir »

C’est d’ailleurs la même pudeur sélective qui saisit certains responsables politiques : intraitables sur la prostitution des autres, mais d’une souplesse admirable lorsqu’il s’agit de leur propre exposition aux puissances d’argent. Entre une érection et une élection, il n’y a souvent qu’une variation de consonne. Et l’on passe de Bolloré à coloré, de Pigasse à Pigalle, comme on fait le trottoir : avec l’assurance tranquille de ceux qui savent qu’ils seront toujours protégés. Ceux-là ne vendent peut-être pas leur corps, mais ils louent volontiers leur parole, leur fidélité ou leur indignation : selon les besoins du moment.



Et maintenant, on fait quoi de cette contradiction ?


Un article ne tranchera pas ce débat à la place du législateur. Mais il peut au moins tenter de poser les questions sans se cacher derrière de grandes déclarations de principe.


Nous savons trois choses :

  • La prostitution existe et continuera d’exister, qu’on l’interdise ou pas.

  • Les modèles étrangers montrent que ni la légalisation, ni l’abolition ne sont des baguettes magiques.

  • Plus une activité est clandestine, plus ceux qui la pratiquent sont exposés aux violences, aux maladies, aux réseaux criminels...


Reste donc à décider ce que nous, société française, acceptons collectivement : assumer que des adultes puissent vendre une partie de leur intimité dans un cadre encadré, contrôlé, taxé, avec toutes les ambiguïtés morales que cela comporte ; ou maintenir le grand écart actuel : condamner à haute voix, encaisser en silence, et laisser les plus fragiles payer le prix plein, en chair et en sang.


La proposition Tanguy ne dit pas seulement quelque chose sur les maisons closes. Elle dit surtout quelque chose sur nous : notre difficulté à penser le corps autrement que dans la pureté proclamée ou dans le business caché. Entre les deux, il y a peut-être un espace de lucidité à inventer. À condition d’accepter enfin de discuter de prostitution… sans se voiler la face. 


Le sexe n’a pas besoin de postures… mais de positions !

Commentaires (1)

Francois Singer
Francois Singer
10 déc. 2025

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