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Silence Ă midi. Encore. Mais Ă force de ne plus entendre ceux qui criaient Ă lâaide, câest la RĂ©publique elle-mĂȘme qui est devenue sourde. Sourde-oreille aux professeurs insultĂ©s, aux Ă©lĂšves dĂ©scolarisĂ©s, aux surveillants poignardĂ©s. Et quand enfin elle parle, elle confond le bruit et le courage.
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à retrouver dans votre cockpit


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François Singer
Il y a des mots quâon nâose plus prononcer. AutoritĂ©. Respect. Ordre.
Trop de syllabes à consonance droitiÚre pour une gauche sans mémoire, et une droite sans voix. Et pourtant, au nom de quoi ces principes seraient-ils suspects ?
Depuis quand lâidĂ©e quâun maĂźtre soit respectĂ© est-elle devenue une posture rĂ©actionnaire ?
Depuis quand la nĂ©cessitĂ© de tenir tĂȘte aux violences scolaires est-elle lâapanage des extrĂȘmes ?
Jean-Pierre ChevĂšnement, dont lâhistoire dira un jour quâil avait souvent raison trop tĂŽt, parlait dĂ©jĂ , Ă la fin des annĂ©es 1990, de sauvageons. On le traita de tous les noms. Mais lâĂ©poque quâil nommait Ă©tait en gestation. Elle est lĂ , dĂ©sormais. Et elle poignarde.
âLe fascisme, ce nâest pas lâordre, câest le dĂ©sordreâ, Ă©crivait Jean Daniel. Il n'Ă©tait pas un homme de doite. Il savait, lui, que lâautoritĂ© nâest pas une tare mais un rempart. Que le refus de la loi, lâorganisation du chaos, le culte de la violence, voilĂ les visages vĂ©ritables du totalitarisme.
Pas les hussards noirs de la République, pas ceux qui transmettaient les mots de la langue et la fierté du drapeau.
OĂč est passĂ©e cette gauche-lĂ ?
Celle de la fermeté républicaine. Celle qui savait que la sécurité, la justice, la clarté des rÚgles sont les conditions du progrÚs. Celle qui ne confondait pas pédagogie et permissivité, éducation et abdication.
Aujourdâhui, elle bredouille. Elle gĂ©mit. Elle dit que âcâest complexeâ. Elle demande des cellules de soutien psychologique. Et elle vote, parfois, pour ceux qui veulent renverser la table plutĂŽt que la redresser.
Alors oui, une minute de silence.
Mais surtout trente ans de bruit inutile.
Des commissions. Des colloques. Des rapports enterrĂ©s. Des chaĂźnes dâalerte qui nâen Ă©taient pas.
Et au bout, toujours, la mĂȘme phrase : âil ne prĂ©sentait pas de signe inquiĂ©tantâ.
Mais le signe inquiĂ©tant, Madame la Ministre, câest peut-ĂȘtre vous.
Vous qui, avant dâĂȘtre ministre de lâĂducation depuis quelques mois, avez Ă©tĂ© ministre du Travail, des Transports, de la Transition Ă©cologique et mĂȘme PremiĂšre ministre. Et prĂ©fĂšte avant tout cela. On ne peut pas dire que vous passiez lĂ par hasard !
à chaque poste, vous avez lu, signé, validé, tranché. Vous étiez là . Partout. Depuis longtemps. Vous qui osez dire : "On ne doit ni légiférer à chaud, ni dans l'émotion".
Et aujourdâhui, vous voilĂ qui parlez dâĂ©motion collective, sans une once de flamme dans la voix, et proposez (Ă tiĂšde) dâinterdire les couteaux.
Affligeant. Zéro pointé !
Méfiez-vous des seconds couteaux
Car le vrai danger, vient toujours des seconds couteaux. Ceux qui, au cĆur du pouvoir, avancent masquĂ©s derriĂšre les grandes causes, protĂšgent lâillusion, multiplient les notes internes et les confĂ©rences de presse sans jamais rien bĂątir.
Vous ĂȘtes de ceux-lĂ , Madame.
Un second couteau de la RĂ©publique, mais si bien placĂ© pour enterrer ce quâelle a de plus noble.
Vous incarnez cette gĂ©nĂ©ration de gestionnaires qui ont remplacĂ© la conviction par le commentaire, la vision par le vocabulaire, lâautoritĂ© par lâaffichage.
Qui préfÚrent interdire les couteaux plutÎt que faire aimer la rÚgle.
Qui brandissent lâexception sĂ©curitaire pour mieux dissimuler leur renoncement Ă lâautoritĂ© Ă©ducative.
Il faut dire que vous ne cherchez pas Ă traiter la racine du problĂšme. Vous prĂ©fĂ©rez le contour. Lâeffet dâannonce.
Lâillusion du geste.
Et comment sâen Ă©tonner, Madame la Ministre, quand vous nâavez pas dâenfants. Pas plus que votre prĂ©sident. Ni mĂȘme votre prĂ©dĂ©cesseur.
Ce nâest pas un reproche personnel. Câest un fait qui devient politique.
Car comment comprendre lâeffondrement silencieux de lâautoritĂ© parentale, comment sentir ce qui se joue dans une salle de classe, quand on nâa jamais tenu un enfant par la main ?
Le dernier gadget en date, annoncĂ© par le prĂ©sident, soufflĂ© avant lui par Gabriel Attal, ministre de lâĂducation le temps dâune story, câest lâinterdiction des rĂ©seaux sociaux pour les moins de 15 ans.
Encore du théùtre. Encore un rideau de fumée.
Encore un symptÎme traité au scalpel médiatique, pendant que la gangrÚne gagne.
FrĂ©quenter sa maitresse, au mĂȘme Ăąge, reste-t-il permis ?
Surtout, ne pas regarder la vĂ©ritĂ© en face. Surtout, continuer Ă faire lâautruche.
Et si, pour une fois, le silence venait vraiment dâen haut ?
Une minute de silence, oui. Mais suivie dâune heure de vĂ©ritĂ©, dâune loi utile, dâun acte fort.
Pas une Ă©niĂšme annonce dĂ©magogique de portiques, de brigades ou dâIA de surveillance.
Pas encore une dĂ©pense massive, spectaculaire et inefficace, incapable de dĂ©tecter un simple couteau en cĂ©ramique, l'intolĂ©rance Ă la frustration d'un gosse mal Ă©levĂ© ou sa boulette de chit au fond dâun sac de marques.
Une vraie révision du contrat scolaire, un réarmement moral de la société, une exigence républicaine assumée, lucide, équitable.
Parce que ce pays nâa pas besoin de plus de silence.
Il a besoin quâon Ă©coute enfin ce que lâĂ©cole dit depuis trop longtemps, Ă voix basse, dans un vacarme dâindiffĂ©rence et plus encore de lĂąchetĂ©.
Car il sâagit, aujourdâhui, de faire aimer notre langue, nos racines, et de les respecter.
De ne plus rougir dâune histoire qui, sans ĂȘtre parfaite, nâest pas pire que celle des autres et dâen valoriser les meilleures branches, les plus belles fleurs.
Il sâagit dâĂ©duquer, câest-Ă -dire dâĂ©lever, de faire grandir, droit. Comme le fait un tuteur, sans mollesse ni brutalitĂ©.
Il sâagit de refaire nation, de rassembler autour dâun socle commun de mots, de rĂšgles, dâexigences.
Et oui, il sâagit aussi de se faire obĂ©ir par des enfants.
Sans négocier chaque consigne.
Sans quĂ©mander lâadhĂ©sion.
Sans transformer lâĂ©cole en arĂšne de discussions infinies.
Je me souviens de Christian Dumont en 1978
Il Ă©tait mon instituteur. Il nâĂ©tait pas coupable de faire preuve dâautoritĂ© envers un enfant. CâĂ©tait son rĂŽle. Il ne sâen excusait pas, il lâassumait. Et lâenfant, lui, savait quâil lui devait quelque choseâŻ: de lâĂ©coute, un effort, du respect.
Je repense Ă mon pĂšre. CâĂ©tait toujours moi qui, tout au long de ma vie, lâappelais. Pour prendre des nouvelles, pour lui en donner. Parce que câĂ©tait le bon ordre. Parce quâil nây avait pas dâinversion symbolique. Parce que le monde adulte nâĂ©tait pas Ă genoux devant lâenfance.
Aujourdâhui, ces petites choses fragiles, que lâon traite dĂ©jĂ comme des rois en maternelle, grandissent en estimant que tout leur est dĂ». Le confort, la comprĂ©hension, lâattention, le droit de contredire, de tout remettre en question, sans jamais avoir rien construit.
Et quand lâadulte lĂšve la voix, on lâaccuse dâautoritarisme.
Quand il exige, on lui parle bienveillance.
Quand il sanctionne, on lui envoie un médiateur, ses collÚgues le lùchent et un parent isolé l'insulte au portail.
Alors les couteaux glissent dans les sacs. Les regards se dĂ©robent. Lâordre sâeffondre doucement, sous les applaudissements feutrĂ©s dâune Ă©poque qui confond Ă©coute et soumission.
Juste se faire obĂ©ir parce que la loi, dans une dĂ©mocratie quand elle est respectĂ©e, nâa pas besoin de crier pour ĂȘtre entendue.
Juste relire Platon
«âŻLĂ oĂč la libertĂ© est sans bornes, lâĂ©galitĂ© sans discernement,
les jeunes se moquent des anciens, et les anciens imitent les jeunes pour ne pas paraĂźtre ridicules.
Le maßtre craint ses élÚves, et les élÚves méprisent leur maßtre.
Les citoyens finissent par ne plus supporter la moindre contrainte.
Et cette démesure engendre ce qui lui est opposé :
la tyrannie naĂźt de lâexcĂšs de libertĂ©, comme la maladie naĂźt de lâexcĂšs de santĂ©.âŻÂ»
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