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Coupe du monde 2026 : où sont passés les écologistes du Qatar ?

Nicolas Guerté

Un article de

La Coupe du monde 2026 débute aujourd'hui en Amérique du Nord. Quarante-huit équipes, trois pays organisateurs, seize villes hôtes et des millions de kilomètres à parcourir pour les joueurs, les journalistes, les officiels et les supporters. Pourtant, le procès écologique qui avait accompagné le Mondial qatari semble avoir disparu. Quatre ans après la « Coupe de la honte », retour sur une étrange amnésie.

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Nicolas Guerté
Quand le football était devenu un crime climatique


À l'automne 2022, la Coupe du monde au Qatar avait provoqué un emballement médiatique rare. Les stades climatisés étaient devenus le symbole d'une folie énergétique. Les éditoriaux se succédaient, les débats occupaient les plateaux de télévision, les appels au boycott se multipliaient. Certains responsables politiques rivalisaient de sévérité. À Paris, Anne Hidalgo refusait d'installer des fan-zones, invoquant à la fois les questions environnementales et les conditions d'organisation de l'événement. Dans une partie de la presse européenne, le verdict semblait déjà rendu : ce Mondial ne pouvait être qu'une aberration écologique.

Les critiques portant sur les travailleurs immigrés ou sur certaines libertés relevaient d'un autre débat. Sur le terrain environnemental, en revanche, un mot revenait partout : démesure. Le football était sommé de rendre des comptes à l'époque où chaque déplacement en avion, chaque climatisation et chaque tonne de CO₂ devenaient des sujets politiques.



Le paradoxe du petit désert


Pourtant, derrière les polémiques, le Qatar présentait une singularité rarement rappelée. Jamais une Coupe du monde n'avait été organisée sur un territoire aussi compact. Huit stades regroupés dans un espace plus petit que plusieurs départements français. Aucun vol intérieur. Des trajets parfois réalisables en métro. Des supporters pouvant assister à plusieurs rencontres le même jour sans changer de ville.

Personne ne contestera que la construction de plusieurs enceintes sportives ou leur climatisation soulevait des questions. Mais un fait demeurait : la géographie limitait considérablement les déplacements. La Coupe du monde la plus controversée de l'histoire moderne était aussi l'une des plus concentrées.



Le silence des avions

Quatre ans plus tard, le décor a changé. La FIFA inaugure aujourd'hui le plus vaste tournoi jamais organisé. Quarante-huit nations au lieu de trente-deux. Cent-quatre matchs au lieu de soixante-quatre. Trois pays hôtes. Seize villes réparties du Mexique au Canada. Certaines délégations devront parcourir plusieurs milliers de kilomètres entre deux rencontres. Les supporters multiplieront les vols continentaux. Les journalistes feront de même. Les partenaires commerciaux également.

La différence est telle qu'elle en devient presque caricaturale. Entre Vancouver et Miami, la distance dépasse largement celle séparant Paris de Moscou. Entre Mexico et Toronto, ce sont plusieurs heures d'avion. Les transports représenteront l'écrasante majorité de l'empreinte carbone du tournoi. Plusieurs analyses estiment que le bilan global dépassera très très largement celui du Qatar.

Et pourtant, le sujet... semble avoir disparu.



Une indignation sélective

L'observateur honnête est alors confronté à une question simple. Si l'écologie constituait réellement le cœur du problème en 2022, pourquoi occupe-t-elle aujourd'hui une place aussi marginale ? Les avions polluent-ils moins qu'il y a quatre ans ? Les distances ont-elles diminué ? Les infrastructures sont-elles devenues miraculeusement neutres en carbone ? De nombreux stades ne seront-ils pas climatisés, cette année encore ?

Rien de tout cela.

La seule différence visible réside dans l'identité des organisateurs. Le Qatar concentrait toutes les critiques possibles : monarchie du Golfe, richesse énergétique, symbole commode d'un capitalisme jugé excessif. Les États-Unis, le Canada et le Mexique bénéficient d'une perception radicalement différente. Le football reste le même. Les émissions potentielles augmentent. Mais l'indignation, elle, s'évapore.

Ce phénomène dépasse largement le sport. Il raconte notre époque. Une époque où les principes semblent parfois moins importants que les cibles auxquelles on les applique.



Le Mondial sans fin

L'histoire ne s'arrête d'ailleurs pas à 2026. La Coupe du monde 2030 doit déjà relier l'Europe, l'Afrique et l'Amérique du Sud. L'Espagne, le Portugal et le Maroc accueilleront l'essentiel de la compétition tandis que l'Uruguay, l'Argentine et le Paraguay organiseront les rencontres inaugurales du centenaire. Six pays. Trois continents. Des traversées transatlantiques intégrées à la structure même du tournoi.

Dans le même temps, certains responsables du football mondial plaident déjà pour un élargissement supplémentaire du nombre d'équipes participantes. La logique est connue : davantage de matchs, davantage de recettes, davantage de visibilité.

La question n'est donc plus seulement sportive. Elle devient culturelle. En 2022, une partie du monde occidental expliquait que la planète ne pouvait plus supporter certains excès du football moderne. En 2026, les excès paraissent plus vastes encore mais suscitent infiniment moins de réactions. Parce que l'écologie, comme tant d'autres causes contemporaines, ne sert pas toujours à mesurer les faits. Elle sert parfois à choisir ses adversaires.

C'est précisément ce qui devrait nous inquiéter davantage que le football lui-même.

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Les indignations jetables

Les indignations jetables

Pendant quelques semaines, elles occupent les journaux télévisés, les radios, les réseaux sociaux, les conversations de bureau et parfois même les repas de famille. Elles s'affichent sur les pancartes, fleurissent dans les éditoriaux et s'invitent jusque dans les biographies des influenceurs. Puis elles disparaissent. Pas parce que le problème est résolu. Pas parce qu'une solution a été trouvée. Non. Elles disparaissent simplement parce qu'une autre indignation est arrivée entre-temps. Bienvenue dans le monde merveilleux des indignations jetables.

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