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À l’heure où les smartphones produisent des images irréprochables et où près de 2 000 milliards de photos sont prises chaque année, le marché des appareils photo dédiés a pourtant cessé de reculer. Non par nostalgie, mais parce que la photographie n’est plus une affaire de qualité. Elle est devenue une affaire de regard.
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Nicolas Guerté
Mise au point : un marché qui ne tombe plus
Pendant plus d’une décennie, le marché des appareils photo a vécu en sous-exposition permanente. Chaque année apportait son lot de chiffres en recul, chaque nouvelle génération de smartphones semblait grignoter un peu plus l’utilité des boîtiers. Puis, en 2024, quelque chose s’est stabilisé. Environ 8,3 millions d’appareils photo - reflex, hybrides et compacts experts - ont été vendus dans le monde, soit une progression estimée à près de 6 % sur un an. Le chiffre reste modeste, presque timide, mais il marque un point d’arrêt : pour la première fois depuis 2017, la courbe ne plonge plus.
Ce redressement n’a rien d’un retour en force. Il ressemble davantage à une mise au point tardive. Le marché s’est contracté, purgé de ses volumes, recentré sur des produits plus chers et plus spécialisés. L’appareil photo n’est plus un outil par défaut. Il est devenu un choix réfléchi, parfois coûteux, souvent assumé.
Surexposition : la victoire totale du smartphone
Sur le plan technologique, le verdict est sans appel. En 2025, 2,1 trillions de photos ont été prises dans le monde : trillions, soit deux mille milliards, un nombre si vaste qu’il échappe à toute représentation concrète. Près de 94 % de ces images l’ont été avec un smartphone.
Et pas avec des appareils médiocres. Les modèles haut de gamme actuels - iPhone 17 Pro Max, Samsung Galaxy S24 Ultra, Google Pixel 9 Pro - produisent des images d’un niveau qui, il y a quinze ans, aurait relevé de la science-fiction. Plage dynamique étendue par fusion d’expositions, réduction du bruit par empilement d’images, autofocus prédictif dopé à l’intelligence artificielle, stabilisation hybride, capture en RAW, profils colorimétriques avancés, vidéo en Log : dans la majorité des situations courantes - photo de jour, portrait, reportage, voyage, vidéo - le smartphone rivalise avec les appareils photo dédiés, et dépasse même nombre de boîtiers d’entrée ou de milieu de gamme.
Les tests indépendants le confirment depuis plusieurs générations : la qualité perçue est désormais équivalente. Le smartphone ne se contente plus de capter la lumière. Il la reconstruit. Il ne corrige pas l’image après coup : il la calcule en temps réel.
Changement de focale : la qualité n’est plus le sujet
Dire aujourd’hui qu’un iPhone - comme ses concurrents directs - « n’a rien à envier » à un appareil photo n’est plus une provocation. C’est un constat industriel. La photographie computationnelle a déplacé la notion même de qualité. Le piqué, la netteté, le HDR ne sont plus des arguments distinctifs : ce sont des acquis.
À partir de là, le regard doit changer de focale. Si toutes les images sont bonnes, si presque toutes sont exploitables, améliorables, retouchables après coup, alors la question n’est plus celle de la performance. Elle devient celle de l’usage. Et surtout, celle du destin des images.
Profondeur de champ : 2 000 milliards d’images et presque aucune mémoire
Que deviennent ces 2,1 trillions de photos ? L’immense majorité ne sera jamais regardée une seconde fois. Elles ne seront ni triées, ni imprimées, ni transmises. Elles ne jauniront pas dans un album, ne se froisseront pas dans une boîte à chaussures. Elles dormiront dans des centres de données lointains, compressées, indexées, dissoutes dans un flux continu, sans mémoire réelle.
Le smartphone fonctionne en grand angle permanent. Il voit large, capture tout, hiérarchise peu. Il déclenche comme un réflexe. Il transforme l’acte photographique en automatisme rassurant : tout prendre, décider plus tard... souvent jamais...
Grain et résistance : ce que le boîtier réintroduit
L’appareil photo, lui, commence par fermer. Il réduit le champ, contraint le regard, impose une décision avant même le déclenchement. Chaque focale est un choix. Chaque ouverture est un compromis entre la lumière et le temps. Chaque image engage un regard avant de produire un résultat.
C’est sans doute là que se niche le sens du retour discret des boîtiers. Non pas dans une supériorité technique désormais révolue, mais dans une réhabilitation du geste. À l’ère de l’image infinie, l’appareil photo réintroduit la rareté. Non parce qu’il fait mieux, mais parce qu’il fait moins.
Sous-exposition finale : choisir plutôt que capturer
Dans ce monde saturé d’images plus que parfaites, le véritable luxe n’est plus la qualité.
Il est le choix, parfois même le renoncement.
La décision consciente de ne pas déclencher.
L’intention redevient première.
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Où vont nos photos ? Chronique d’une mémoire sans lieu
Une photo numérique n’a pas d’endroit.
Elle n’est ni rangée ni posée, ni oubliée ni retrouvée. Elle circule. Elle transite. Elle existe dans un état intermédiaire, suspendue entre plusieurs serveurs, plusieurs copies, plusieurs compressions successives. Elle est là sans être là.
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Aujourd'hui l'appareil photo est devenu un veritable ordinateur, donc cela veut dire un apprentissage de plus en plus important. mais quelle émotion que de construire sa photo et ensuite la developper ( on parle de developpement même avec le numerique!) selon son envie ! mais le smartphone est toujours là dans la poche pour communiquer rapidement ...
Instructif ! "non pas parce qu'il fait mieux, mais parce qu'il fait moins !" 😜