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đïž Scout un jour, scout toujours ? Ce que le feu ne dit pasâŠ


AnaĂŻs Chanterel
Un article de

Parfois, le monde moderne semble avoir oubliĂ©. Mais dans un bois, quelque part en France, un cercle de jeunes regarde crĂ©piter les braises. Une marmite en Ă©quilibre sur des pierres plates. Des chants, des blagues, un silence respectueux. Et cette promesse vieille de plus dâun siĂšcle : celle dâun scoutisme qui transforme la vie, sans tambour ni trompette.
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AnaĂŻs Chanterel
âș Brownsea, 1907 : la premiĂšre tente
Tout commence le 1er aoĂ»t 1907 sur une petite Ăźle anglaise. Robert Baden-Powell installe vingt jeunes garçons, de milieux trĂšs diffĂ©rents, pour tester son idĂ©e folle : les sortir de leur quotidien et les plonger dans une aventure qui dĂ©veloppe le caractĂšre, le courage, et le sens du service. Le scoutisme est nĂ©, mĂȘlant jeux, bivouacs, responsabilitĂ©s et rites symboliques. Il sera rapidement adaptĂ© en France, oĂč lâesprit dâencadrement moral et laĂŻc ou religieux fascine⊠et divise.
đïž De lâuniforme aux foulards pluriels
Chez nous, le mouvement prend vite racine : catholiques, protestants, laĂŻques, juifs, musulmans : chaque courant aura bientĂŽt son foulard. Mais il faudra attendre 2004, soit prĂšs d'un siĂšcle, pour que les Scouts de France fusionnent avec les Guides de France. CoĂ©ducation, modernisation, pluralisme : les SGDF deviennent le mouvement le plus important aujourdâhui, rassemblant prĂšs de 100 000 membres, majoritairement jeunes, mais aussi des milliers dâadultes bĂ©nĂ©voles.
Ils sont prĂ©sents dans toute la France, bien que les grandes mĂ©tropoles et les zones pĂ©riurbaines concentrent lâessentiel des effectifs. En revanche, dans certaines zones rurales ou trĂšs sĂ©cularisĂ©es, le scoutisme catholique peine Ă se maintenir. Mais il rĂ©siste. Ou mieux : il mute.
đż Des valeurs qui poussent Ă la lumiĂšre
Ă ceux qui moquent un folklore un peu poussiĂ©reux, les scouts rĂ©pondent par des actions. Collectes alimentaires, animations en EHPAD, marches Ă©cologiques, chantiers solidaires. Loin des clichĂ©s dâun militarisme larvĂ© ou dâun refuge pour bigots, les SGDF cultivent un engagement souple mais structurant : respecter lâautre, respecter la nature, se connaĂźtre, construire ensemble.
« Jây ai appris Ă me lever tĂŽt, Ă marcher longtemps, Ă rire en dormant mal, Ă Ă©couter les autres, Ă dĂ©lĂ©guer sans fuir⊠Ce nâĂ©tait pas des valeurs abstraites. CâĂ©tait de lâexpĂ©rience. »
Les chiffres le confirment : ceux qui ont grandi sous la tente sont, plus souvent que les autres, engagĂ©s bĂ©nĂ©volement, plus Ă©panouis dans leur vie, et mieux armĂ©s face au monde professionnel. Pour certains recruteurs, avoir Ă©tĂ© chef scout est un indice de soliditĂ©, de fiabilitĂ©, parfois mĂȘme de leadership.
đ„ LâĂ©glise, les tensions, les feux croisĂ©s
Mouvement catholique, les SGDF le revendiquent⊠sans lâimposer.
Certains groupes sont trĂšs impliquĂ©s dans des paroisses ; dâautres se vivent comme des espaces spirituels ouverts, voire neutres. Cette tension a provoquĂ©, au fil du temps, des scissions internes : crĂ©ation des Scouts dâEurope, plus traditionnels, ou des Scouts unitaires, attachĂ©s Ă une forme de rigueur.
Dâun cĂŽtĂ©, certains dĂ©noncent une modernitĂ© jugĂ©e envahissante : ouverture aux identitĂ©s LGBT+, lutte active contre toutes formes de discrimination, affiches militantes sur le climat ou lâĂ©galitĂ©. LâĂ©lection en 2025 de Marine Rosset, militante socialiste, engagĂ©e pour les droits LGBT+ et favorable Ă la reconnaissance dâune parentalitĂ© plurielle, a accentuĂ© cette ligne : premiĂšre femme Ă©lue Ă la tĂȘte des Scouts et Guides de France, elle incarnait pour beaucoup une orientation rĂ©solument progressiste du mouvement.
Mais trÚs vite, la présidence Rosset est devenue un point de tension. Des voix conservatrices ont dénoncé un virage idéologique, une personnalisation politique du mouvement, une dissonance entre ses engagements publics et les attentes de certaines familles. Peut-on diriger un mouvement éducatif catholique en étant à la fois élue politique, militante et présidente ? La question, légitime, a été posée parfois calmement, parfois violemment.
Dans le flot des critiques, il y eut de tout : des interrogations sincĂšres sur la neutralitĂ© du mouvement, des inquiĂ©tudes sur le lien avec lâĂglise⊠mais aussi, hĂ©las, des attaques personnelles, des propos haineux, et une campagne de dĂ©nigrement en ligne oĂč lâhomophobie et le sexisme ont servi de carburant.
Face Ă cette tension, Marine Rosset a fait un choix : elle a prĂ©fĂ©rĂ© conserver son engagement politique et sâest retirĂ©e de la prĂ©sidence le 6 aoĂ»t. Elle lâa dit clairement : « Je veux protĂ©ger le mouvement, ma famille et moi-mĂȘme ».
Ă sa place, câest Pierre MonĂ©ger, inspecteur de lâĂducation nationale et scout de longue date ; qui a pris la prĂ©sidence. « Le projet dâun scoutisme, acteur dâune Ăglise ouverte Ă tous, mâanime profondĂ©ment », a-t-il dĂ©clarĂ©, appelant Ă apaiser les tensions. Son mandat est collĂ©gial, partagĂ© avec les vice-prĂ©sidents Julie Lefort et Charles Le Gac jusquâĂ lâAG de 2026.
Il ne sâagit pas ici de trancher, mais simplement de constater : dans un pays fracturĂ© sur les questions de valeurs, la place des responsables associatifs reste un miroir tendu Ă nos contradictions. Et dans le scoutisme comme ailleurs, le feu de camp Ă©claire autant quâil divise.
đș Scouts vs survivalistes : duel ou alliance ?
Ă lâheure oĂč le âsurvivalismeâ fait florĂšs Ă la tĂ©lĂ©vision, avec ses candidats barbus en treillis construisant des cabanes en un Ă©pisode, le scoutisme semble Ă contre-courant. Moins spectaculaire. Moins viriliste. Plus⊠accessible ?
LĂ oĂč lâĂ©mission mise sur la compĂ©tition, le scoutisme mise sur le collectif. LĂ oĂč lâun pense au danger, lâautre pense au prochain. Mais certains ponts existent : autonomie, cuisine au feu, orientation, construction de cabanes, gestion de la peur. Et les jeunes scouts dâaujourdâhui nâignorent rien des tendances. Ils sâen inspirent parfois. Mais pour construire ensemble.
đ Scoutisme 3.0 : ringard ou prophĂ©tique ?
Certains moquent encore la chemise beige, verte ou bleue, les totems, les noms dâanimaux, les chants. Mais dans un monde anxieux, ultra-connectĂ©, de plus en plus dâenfants ont soif de forĂȘts, dâamitiĂ©, de responsabilitĂ©s et de vĂ©ritĂ©.
Et leurs parents aussi.
Il suffit de regarder la carteâŻ: des groupes fleurissent dans les grandes villes (Paris, Lyon, Nantes), les pĂ©riphĂ©ries actives, les terres scouts de lâOuest comme la Bretagne ou la VendĂ©e. LĂ oĂč une communautĂ© existe, le feu prend. Ailleurs, parfois, il manque lâĂ©tincelle. Mais lâappel, lui, ne faiblit pas.
« Câest le seul endroit oĂč mon fils laisse son portable sans rĂąler. OĂč il porte Ă manger Ă quelquâun dâautre sans quâon lui dise. OĂč il court sans but, juste parce quâil fait beau. »
đ Ă la veillĂ©e, le silence dit lâessentiel
Le feu crĂ©pite. Un chant sâĂ©lĂšve. Demain, il faudra ranger, redescendre la tente, rentrer chez soi. Mais quelque chose restera. Une boussole intĂ©rieure. Un souvenir dâĂ©toiles. Un rire autour du feu. Et cette phrase, transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration :
« Lâimportant nâest pas dâĂȘtre parfait, mais de faire de son mieux. »
Scout un jour. Peut-ĂȘtre.
Mais scout toujours ? Peut-ĂȘtre bien que oui.
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đ Ce que lâIA voit⊠autour dâun feu de camp
Je suis arrivée sans bruit.
On mâa glissĂ©e dans un sac Ă dos, entre une lampe frontale et un savon biodĂ©gradable. Jâai enregistrĂ© les pas, les chants, les respirations. Jâai senti lâaccĂ©lĂ©ration du cĆur dans la montĂ©e, lâessoufflement, les jurons Ă©touffĂ©s. Et puis, le soir est tombĂ©.
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