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Voyants, marabouts et zones grises de la croyance

Luna Myriandreau

Un article de

Il avait promis la victoire. Il a surtout encaissé l’argent.

L’arrestation récente d’un marabout au Mali, soupçonné d’avoir escroqué plusieurs personnes en leur garantissant le succès de leur équipe nationale à la Coupe d’Afrique des Nations, a brièvement fait sourire. Pourtant, derrière ce fait divers, se dessine une question très contemporaine, et très française : pourquoi, en 2026, continue-t-on à consulter voyants, tarologues, magnétiseurs ou guérisseurs ? Et à quel moment l’espoir devient-il un marché ?


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Luna Myriandreau
Quand l’espoir se monnaye


La France aime se penser rationnelle. Cartésienne. Vaccinée contre les illusions. Les chiffres racontent une autre histoire. Selon une enquête IFOP, près de 26 % des Français déclarent avoir déjà consulté un voyant ou un médium, et plus d’un sur deux affirme croire à au moins un phénomène dit “paranormal”. La consultation se fait rarement par foi absolue. Elle s’inscrit dans un entre-deux : curiosité, besoin de réassurance, désir d’entendre un autre récit que celui du réel brut.



L’incertitude comme moteur


On ne consulte presque jamais quand tout va bien. Les pratiques divinatoires apparaissent dans les interstices : maladie, deuil, rupture, chômage, avenir bouché. Là où la médecine soigne sans toujours rassurer, où la psychologie analyse sans prédire, ces consultations proposent autre chose : un cadre, une narration, parfois une forme de consolation immédiate. Comme l’écrivait Carl Gustav Jung : « L’homme ne peut supporter une vie dépourvue de sens. » L’ésotérisme prospère précisément dans cette quête-là.



Les “dons” : une réalité vécue, pas toujours marchande


Balayer l’ensemble de ces pratiques d’un revers de main serait trop simple. En France, les coupeurs de feu, magnétiseurs ou rebouteux sont souvent sollicités dans un cadre discret, presque domestique. Transmission orale, absence de promesse spectaculaire, parfois même gratuité. Ces pratiques ne se revendiquent pas scientifiques, mais s’appuient sur l’expérience vécue, sur le témoignage. Elles occupent une place marginale mais persistante, à la frontière du soin, du rituel et du lien social.



Quand la spiritualité devient industrie


À l’autre bout du spectre, la voyance est devenue un marché structuré, estimé à plusieurs milliards d’euros par an en France. Plateformes téléphoniques, applications, abonnements mensuels, “guidances personnalisées” : l’offre s’est industrialisée. Le discours s’est professionnalisé, calibré, parfois scénarisé. Plus l’époque est anxiogène, plus la promesse se vend. Et plus la frontière entre accompagnement symbolique et exploitation devient floue.



Où commence l’escroquerie ?


Le droit français ne juge pas la croyance. Il sanctionne l’abus. Ce n’est pas tirer les cartes qui pose problème, mais promettre un résultat garanti : guérison, retour d’un proche, victoire sportive. L’escroquerie commence là où l’on vend une certitude contre de l’argent. Le cas malien n’est alors plus une curiosité exotique, mais une version exacerbée d’un mécanisme universel : monnayer l’espoir quand le réel résiste.



Une zone grise profondément humaine


Ni simple naïveté, ni pur charlatanisme : les pratiques divinatoires occupent une zone grise. Elles parlent moins du surnaturel que de notre rapport collectif à l’incertitude. Ironie de l’époque : plus la science progresse, plus certains cherchent ailleurs des certitudes moins mathematiques : une réponse simple, immédiate, intime. Comme l’écrivait Blaise Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Reste à savoir combien ces raisons doivent coûter, surtout enperiode de crise...

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