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De Gaulle a choisi sa sortie, Giscard l’a subie, Sarkozy l’a niée, Hollande l’a anticipée. Et Macron ? Entre isolement et impasse, il ne peut plus nier ce moment que tout président redoute : la date de péremption du pouvoir. Celui où il n’incarne plus la puissance, mais la rancœur, la gêne ou l’ennui.
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Quentin Règles
L’adieu, ce moment que personne ne prépare
Certains quittent le pouvoir dans la dignité, d’autres dans le vacarme ou la fuite. Mais aucun ne s’y résout vraiment. L’histoire politique française n’a cessé de rejouer le même acte : celui d’un président persuadé d’être nécessaire, découvrant soudain que le peuple en a décidé autrement. On se souvient de Giscard d’Estaing, seul à l’écran le 19 mai 1981, lançant son « au revoir » avant de quitter le plateau, laissant la Marseillaise résonner dans le vide. Une scène d’une violence rare : la certitude d’avoir raison, effacée par le verdict du suffrage. Depuis, chaque fin de règne tente d’échapper à cette image. En vain.
De Gaulle, Pompidou, Mitterrand : la sortie à marche forcée
Le général de Gaulle, lui, n’a pas subi sa chute : il l’a décidée. Fidèle à sa ligne, il a préféré s’effacer après le “non” du référendum de 1969. Pompidou, frappé par la maladie, n’a pas eu ce choix. Mitterrand, rongé par le cancer, s’est éteint lentement, dans une présidence de crépuscule. Dans chacun de ces départs, une même vérité : le pouvoir ne se quitte jamais sans perte. Il façonne, isole, dévore. Et lorsqu’il s’en va, il emporte toujours une part de celui qui l’a incarné.
Chirac, Sarkozy, Hollande : la défaite ou le renoncement
Chirac a quitté sur un air de respect, usé mais encore debout. Sarkozy a voulu revenir, persuadé que la France l’attendait. Hollande, lui, a préféré le renoncement lucide au désaveu brutal. Trois formes différentes d’un même désenchantement : celui de présidents qui découvrent que l’opinion ne se commande pas, même à coups de réformes, de postures ou de calculs.
Quand la chute devient une violence
Quitter le pouvoir, c’est parfois le subir. La planète regorge de dirigeants qui ont fini par y être contraints : par la rue, par le sang, ou par la maladie. Ceausescu, Ben Ali, Moubarak, Poutine demain peut-être. Le pouvoir rend sourd, puis il frappe. Roosevelt est mort à son bureau, Kennedy sur une route, Pompidou au travail. Tous rappellent la même leçon : on ne possède jamais le pouvoir, c’est lui qui vous consume.
Les derniers coups de poignards
Hier, deux visages de la “majorité” ont pris leurs distances, trahissant plus qu’un désaccord : une rupture. Gabriel Attal, son ancien protégé, a confié ne plus “comprendre les décisions du président”, tandis qu’Édouard Philippe a estimé qu’il “s’honorerait à se retirer après le vote du budget”. Des coups de poignard politiques d’autant plus tranchants qu’ils viennent d’anciens alliés. Ils ont l’inélégance à la hauteur de son obstination, comme ces vieux couples qui se déchirent en public après trop d’années de silence.
Encore une heure
Macron a laissé jusqu’à mercredi soir à Sébastien Lecornu pour tenter l’impossible : recoller les morceaux d’une majorité défunte. Un sursis, pas un plan. Et dans ce désordre, l’Élysée en vient à caresser l’idée d’un accord avec le PS : ultime illusion d’un pouvoir qui s’accroche à ses fantômes. Olivier Faure, lui, n’est plus à une lâcheté près : il les incarne toutes. L’appétit de poste, chez lui, a depuis longtemps remplacé la colonne vertébrale. Pourquoi pas François Hollande à Matignon, pendant qu’on y est ? Ce serait l’épilogue parfait d’une République qui ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer.
Dernière trouvaille : l’abrogation de la réforme des retraites, la seule réforme d’ampleur du quinquennat Macron, défendue à l’époque coûte que coûte par Élisabeth Borne... aujourd’hui à la manœuvre de cette proposition ubuesque. Ce n’est plus du reniement, c’est de la psychiatrie politique.
Macron à terre
Emmanuel Macron joue sa dernière scène. La dissolution qu’il croyait tactique est devenue tragique. Son pouvoir, vertical par nature, s’est effondré à l’horizontale : entre rancunes, fractures et lassitude. Ni majorité, ni récit, ni issue. Le pouvoir s’est déjà retiré ; il ne reste que la fonction, suspendue. Ce soir, peut-être, prendra-t-il - si ce n’est par raison, alors par colère - la seule bonne décision : celle que l’histoire lui demandera enfin d’assumer. S’incliner.
Le pari du courage
Il pourrait choisir la fuite, le sursis, le déni. Mais il peut aussi faire ce que d’autres avant lui ont eu la grandeur d’accomplir : dire au revoir avant d’y être forcé. Giscard l’avait dit, trop tard, avec orgueil, De Gaulle avec honneur. S’il trouve la force de le dire avec lucidité, Emmanuel Macron réussira peut-être à ne pas rater... sa sortie.
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Les adieux ratés
Ils rêvaient d’un au revoir grandiose. Ils ont eu un silence gêné, un rire nerveux ou une porte qui claque. En politique, la sortie est toujours la scène la plus cruelle. Parce que ce n’est pas le peuple qui quitte le chef : c’est le chef qui n’accepte pas que le peuple regarde ailleurs.
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