NeuroNews
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ClĂ©s, prĂ©noms, rendez-vous : tout semble sâĂ©vaporer. Ă 30 ans comme Ă 60, la mĂ©moire flanche et ce nâest plus (seulement) une affaire de vieillesse. Selon les neurologues, la surcharge mentale, le multitĂąche numĂ©rique et la vie fragmentĂ©e saturent notre cerveau.
Et si lâoubli Ă©tait devenu le symptĂŽme dâun monde trop plein ?
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Luna Myriandreau
𧩠Le syndrome de la piÚce oubliée
Tu entres dans une piĂšce et tu ne sais plus pourquoi. Une scĂšne anodine ? Peut-ĂȘtre. Mais ce petit flou, qui fait sourire Ă 60 ans, inquiĂšte Ă 35. Que sâest-il passĂ© entre la porte dâentrĂ©e et la salle Ă manger ? Rien. Ou plutĂŽt : tout. Un SMS, une notification, une pensĂ©e parasite.
En quelques secondes, la mĂ©moire de travail sature, lâintention initiale sâefface. Le cerveau fait du tri. Et parfois, il jette le mauvais fichier.
đ Une Ă©pidĂ©mie dâoubli⊠à tous les Ăąges
Longtemps, lâoubli a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme un stigmate de vieillesse. Mais aujourdâhui, les neurologues constatent une explosion des troubles de mĂ©moire chez les jeunes adultes. Une Ă©tude menĂ©e en 2022 par lâUniversitĂ© de Glasgow rĂ©vĂšle que prĂšs de 40 % des 25-40 ans dĂ©clarent des oublis frĂ©quents ( prĂ©noms, dates, tĂąches Ă faire ) comparables Ă ceux des plus de 65 ans.
Une autre enquĂȘte, publiĂ©e dans Frontiers in Psychology, montre que les Ă©tudiants soumis Ă un environnement multitĂąche performent moins bien aux tests de mĂ©moire que leurs aĂźnĂ©s⊠à condition que ceux-ci soient reposĂ©s.
đ± Un cerveau mal cĂąblĂ© pour lâĂšre numĂ©rique
Le problĂšme nâest pas lâĂąge : câest le trop-plein. Trop dâinformations, trop de notifications, trop de sollicitations. Notre cerveau, sculptĂ© pour se concentrer sur une tĂąche Ă la fois, doit dĂ©sormais jongler en permanence. La mĂ©moire de travail, ce petit espace oĂč se traite lâinstant, nâa pas Ă©tĂ© conçue pour gĂ©rer mille mots de passe, quatre discussions WhatsApp et un agenda partagĂ©.
Résultat : surcharge cognitive, perte de repÚres, fatigue attentionnelle.
đ Et le dĂ©jĂ -vu, dans tout ça ?
Tu marches dans une rue, une phrase sâĂ©change, une lumiĂšre passe et lâimpression sâimpose : âJâai dĂ©jĂ vĂ©cu exactement ce moment.â
Ce phĂ©nomĂšne Ă©trange, appelĂ© dĂ©jĂ -vu, est un bug de la mĂ©moire. Il ne signale pas un souvenir retrouvĂ©, mais une confusion : le cerveau croit reconnaĂźtre une scĂšne car elle ressemble Ă une autre, sans pouvoir lâidentifier prĂ©cisĂ©ment.
Les scientifiques évoquent un défaut de synchronisation entre la mémoire immédiate et la mémoire profonde. Rien de pathologique en soi, mais une preuve supplémentaire que notre cerveau, saturé de signaux, flanche dans son horlogerie intérieure.
đ§ Notre cerveau continue-t-il de grandir ?
Bonne nouvelle : oui, le cerveau reste plastique toute la vie. Il crée de nouvelles connexions, apprend à compenser, à trier, à optimiser.
Mais mauvaise nouvelle : cette capacitĂ© dâadaptation a ses limites. Le cerveau nâaugmente pas en volume, il nâabsorbe pas indĂ©finiment. Et plus on le sollicite, moins il parvient Ă consolider les souvenirs.
La mĂ©moire, pour se fixer, a besoin de calme. De sommeil. De rĂ©pĂ©tition. Or nous vivons dans lâinstantanĂ© et lâĂ©phĂ©mĂšre. Ă force de zapper, on oublie de mĂ©moriser.
â ïž Quand lâoubli nâest plus innocent
Certains oublis ne relĂšvent plus du quotidien. Ils peuvent ĂȘtre les signes prĂ©coces de troubles plus graves : anxiĂ©tĂ© chronique, dĂ©pression masquĂ©e, Alzheimer prĂ©coce, effets secondaires de mĂ©dicaments (notamment les anxiolytiques), ou encore troubles liĂ©s aux Ă©crans chez les plus jeunes.
Les mĂ©decins le rappellent : lâoubli ne doit pas ĂȘtre banalisĂ© quand il devient handicapant. Surtout sâil sâaccompagne dâautres symptĂŽmes : confusion, repli sur soi, changements dâhumeur. Mieux vaut consulter.
đ Retrouver la mĂ©moire⊠ou du moins la prĂ©server
Heureusement, il existe des stratégies simples et efficaces pour alléger la charge mentale :
des rituels quotidiens (toujours poser ses clĂ©s au mĂȘme endroit),
des techniques mnémoniques (associer un prénom à une image),
une alimentation riche en oméga-3,
des pauses numériques réguliÚres,
et surtout : du sommeil. Savoir perdre du temps pour gagner en efficacité.
La vraie question, peut-ĂȘtre, nâest pas comment mieux retenir, mais : sommes-nous prĂȘts Ă ralentir pour nous souvenir ?
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