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Jour de l’An : de guerre lasse, chroniques du prix de la paix

Irène Adler

Un article de

De guerre lasse. L’expression traverse les siècles avec une étrange sobriété. Elle ne proclame rien, ne promet rien. Elle désigne ce moment précis où l’on cesse, non par victoire ni par conviction, mais par épuisement. C’est souvent ainsi que naît la paix : à la fin d’un souffle, quand continuer coûte plus cher que s’arrêter.

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Irène Adler

Officiellement, le 1er janvier est le jour de la paix. La date existe, inscrite dans les calendriers internationaux. Pourtant, ce jour-là, on n’en parle presque jamais. Le monde se réveille tard, encore encombré de la veille. Fatigué de la fête, fatigué de l’année écoulée, déjà inquiet de celle qui commence. La paix passe au second plan, comme une évidence trop fragile pour être nommée, ou trop abstraite pour retenir l’attention.


Ce texte part de ce silence. Il ne célèbre pas la paix, il ne l’accuse pas. Il l’observe. Il fige quelques instants où elle a été proclamée, ritualisée, signée, puis regarde ce que le temps en a fait. Car la guerre a un coût visible, immédiat, chiffrable. La paix aussi. Simplement, sa facture est plus discrète, souvent différée, presque toujours réglée ailleurs, plus tard.



Quand les dieux faisaient la paix


Avant d’être négociée par les hommes, la paix a longtemps été confiée aux dieux. Dans la mémoire antique, elle ne relève ni du compromis ni de la stratégie, mais de l’ordre du monde. Elle apparaît lorsque les colères célestes s’apaisent, lorsque l’équilibre cosmique se rétablit. Les hommes n’y sont que des témoins. Ils remercient, ils célèbrent, ils espèrent que cela dure.


La scène, telle qu’elle s’est transmise, est immobile et solennelle : des divinités assemblées, le ciel suspendu à leur décision. La paix n’est pas discutée, elle est octroyée. Elle n’est pas négociée, elle est tolérée. Ce mythe dit une chose essentielle : à ce stade de l’histoire humaine, la paix est jugée trop grande pour être confiée aux hommes seuls.


Puis le temps reprend son mouvement. Les dieux se taisent. Les hommes restent. Et avec eux apparaît une évidence nouvelle, plus lourde à porter : si la paix ne vient plus d’en haut, il faut désormais l’organiser soi-même. L’administrer. La défendre. En payer le prix.



La paix par la domination


Dans le monde antique historique, la paix cesse d’être un don pour devenir un effet de la force. L’Empire impose l’ordre et appelle cela la paix. Les routes sont sûres, les échanges possibles, les frontières stabilisées. Le silence des armes n’est pas le fruit du consentement, mais de la dissuasion. La paix tient parce que l’adversaire n’a plus les moyens de contester.


Le tableau est clair, presque rassurant. Une autorité centrale, une armée permanente, des lois communes. La paix n’est pas aimée, elle est respectée. Elle dure tant que la domination est incontestable. Ce modèle traverse les siècles et ressurgit, transposé, bien au-delà de l’Antiquité. On le retrouve chez Napoléon Bonaparte, qui se disait obsédé par la paix et fit pourtant la guerre pour l’imposer. Non comme une fin, mais comme un moyen. La paix devait être conquise, puis verrouillée.


Le temps constate alors une régularité implacable : tant que la puissance se maintient, la paix semble réelle. Dès qu’elle s’épuise, elle se retire avec elle. Une paix fondée sur la domination ne disparaît pas brutalement ; elle s’effondre lorsque son coût devient trop lourd à porter, pour celui qui domine comme pour ceux qui obéissent.



Signer pour en finir

Vient un moment où la paix ne tombe plus du ciel et ne s’impose plus par la force. Elle se négocie. Elle se signe. Elle se met en scène. Le calumet de la paix appartient à cette grammaire symbolique : un geste lent, une parole engagée, une promesse qui lie autant qu’elle apaise. La paix y coûte quelque chose d’essentiel : la fidélité.


Avec la modernité, le rituel cède la place au texte. La paix devient juridique, chiffrée, méthodique. Elle s’inscrit dans des articles, se scelle par des signatures solennelles. On signe pour en finir, pour tourner la page, pour croire que l’Histoire peut être close. Mais il arrive que l’encre, au lieu d’apaiser, entaille.


Le Traité de Versailles reste l’exemple le plus durable de cette ambiguïté. La paix y humilie plus qu’elle ne réconcilie. Elle prétend prévenir la guerre en la rendant impossible, mais elle la rend inévitable en transformant la paix elle-même en instrument de contrainte. L’accord n’éteint pas le conflit : il le fige, le reporte. La paix devient une épée administrative, pointée vers l’avenir.

Le temps laisse passer les cérémonies, puis observe. Une paix qui écrase ne pacifie pas. Elle accumule. Elle fabrique une dette invisible faite de ressentiment, d’orgueil blessé, de revanche différée.



La paix sous surveillance

Avec l’arme atomique, la guerre cesse de promettre la victoire. Elle promet l’anéantissement. Dès lors, la paix ne repose plus sur l’accord ni sur la domination, mais sur l’impossibilité même de combattre. Elle tient par la peur, lucide, rationnelle, méthodiquement entretenue.


Le tableau est austère : cartes, boutons, centres de commandement enfouis. Des hommes qui ne se font pas confiance mais se surveillent. La paix repose sur une équation simple et terrifiante : si l’un frappe, tout disparaît. Elle tient à la dernière seconde, à la dernière chance, au dernier calcul.


Jamais les hommes n’ont autant investi pour ne pas se battre. Jamais ils n’ont autant préparé la guerre pour s’assurer qu’elle n’ait pas lieu. Cette paix coûte cher - en armements, en vigilance, en nerfs - mais moins, croit-on, que l’explosion finale. Le temps, lui, sait que cette paix n’est pas calme. Elle est nerveuse. Elle exige une absence totale d’erreur, condition qu’il a rarement vue durer.



Le temps des paix impossibles


Le temps arrive enfin à nous. Le tableau est contemporain, presque banal : tables de négociation vides, écrans saturés de cartes, discours calibrés pour durer moins longtemps que les conflits qu’ils commentent. La paix est évoquée, parfois invoquée, rarement recherchée.


Pourquoi ces paix semblent-elles impossibles ? Peut-être parce qu’elles exigeraient quelque chose que notre époque hésite à fournir. La paix suppose du renoncement, de la patience, parfois même une forme d’effacement. Elle n’offre ni image forte ni rendement immédiat. Elle n’est ni spectaculaire ni rentable à court terme.


Dans des conflits actuels comme celui de l’Ukraine, la question n’est plus seulement de savoir comment arrêter la guerre, mais à quel prix accepter la paix. La guerre a un coût visible, insoutenable, quotidien. La paix en aurait un autre, moins immédiatement lisible, mais tout aussi réel. Le temps, fidèle à lui-même, sait déjà que ce prix sera payé par quelqu’un, quelque part, plus tard.


La paix, autrefois attribuée à la sagesse, apparaît aujourd’hui comme une charge embarrassante, que l’on préfère déplacer plutôt qu’assumer.

Et le temps, fidèle à lui-même, recommence à compter… dans le vide.

Commentaires (1)

Francois Singer
Francois Singer
01 janv.

La guerre froide n’était pas une paix, mais une pause sous tension, potentiellement explosive. On nous répète que « si tu veux la paix, prépare la guerre » (si vis pacem, para bellum), comme s’il s’agissait d’une loi naturelle. Pourtant, l’Histoire offre peu d’exemples où l’homme, une fois surarmé, n’a pas fini par vouloir tester ses jouets. Je me méfie autant des naïfs que des va-t-en-guerre, surtout quand ce sont les mêmes hommes, passés sans transition de l’innocence proclamée à la ferveur belliqueuse.

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