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La chaleur que nous laissons filer

Irène Adler

Un article de

La science sait désormais ralentir la chaleur comme on freine une particule. Dans les laboratoires, on conçoit des matériaux capables de bloquer une grande partie des transferts thermiques, y compris à travers le verre, longtemps considéré comme une faiblesse irréductible. Techniquement, la bataille est presque gagnée. Socialement et politiquement, elle commence à peine.

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Car pendant que l’on perfectionne l’isolation à l’échelle du micron, une grande partie des logements européens continue de fonctionner comme au siècle dernier. La France, dans ce paysage, n’est pas un mauvais élève. Elle est plus troublante que cela : elle fait semblant d’avancer.



On contrôle plus qu’on ne transforme


Jamais le logement français n’a été autant diagnostiqué. DPE (Diagnostic de performance énergétique), audits, seuils, classes, interdictions progressives de location : tout est mesuré, noté, classé. Mais cette inflation d’indicateurs masque une réalité plus lâche et plus brute.

Environ un logement sur cinq en France reste classé parmi les moins performants énergétiquement. Et surtout, la majorité des rénovations engagées sont partielles : on isole un poste, rarement l’ensemble.

Le paradoxe est là : on connaît précisément les fuites, mais on les colmate une par une, sans revoir la structure.



L’habitat français : vaste, ancien, coûteux à corriger


Près de 60 % du parc résidentiel français a été construit avant 1975, c’est-à-dire avant toute réglementation thermique digne de ce nom. À la même époque, l’Allemagne et les Pays-Bas engageaient déjà des politiques plus cohérentes sur l’enveloppe du bâti.

Résultat aujourd’hui : à surface équivalente, un logement allemand rénové consomme sensiblement moins d’énergie pour le chauffage qu’un logement français rénové “standard”, non parce qu’il est mieux chauffé, mais parce qu’il en a moins besoin.

La France paie encore un choix ancien : avoir longtemps préféré l’énergie disponible à l’isolation durable.



Là où nos voisins ont réduit le besoin, nous avons ajouté


En Allemagne ou aux Pays-Bas, la logique a été claire : réduire d’abord les déperditions, quitte à rendre le chauffage presque accessoire. En France, on a souvent fait l’inverse.

Chauffage électrique massif, puis gaz, aujourd’hui pompes à chaleur : on a empilé des réponses techniques sur des bâtiments qui restaient structurellement fuyants.

Conséquence directe : une part importante de l’énergie consommée sert toujours à compenser des pertes évitables. Dans un logement ancien mal rénové, jusqu’à 50 % de la chaleur produite peut s’échapper par l’enveloppe. Ce chiffre n’a rien d’idéologique. Il est constant, documenté, et remarquablement stable depuis des décennies. 



La rénovation française : un empilement plus qu’un projet


Chaque année, la France affiche des centaines de milliers de rénovations énergétiques. Mais derrière le volume, le détail compte.

La rénovation “globale”, celle qui traite simultanément murs, toiture, ventilation et vitrages, reste minoritaire. Elle est plus chère, plus complexe, moins compatible avec des dispositifs d’aide fragmentés. Alors on fait autrement : on améliore sans transformer. On cache, on colmate, on contourne.



Ce que la science met désormais en évidence


Les avancées récentes en matière d’isolation - y compris sur des matériaux transparents à haute performance thermique - ne changent pas seulement l’outillage disponible. Elles révèlent un embarras.

Le problème n’est plus ce que l’on sait faire. Il est ce que l’on choisit de déployer, et à quelle vitesse.

Quand un laboratoire parvient à réduire drastiquement les pertes à travers une surface vitrée, il rend plus visible encore l’absurdité de millions de logements dont les murs n’ont jamais été conçus pour retenir la chaleur !



Le gaspillage n’est pas une faute. C’est une inertie organisée. 


En France, une part significative de l’énergie de chauffage n’est pas gaspillée par négligence individuelle, mais par héritage collectif. Des bâtiments conçus à une époque où l’énergie coûtait peu, où l’isolation était secondaire, où l’on corrigeait par la puissance plutôt que par la structure.

L’hiver n’est pas plus dur. Les factures ne traduisent pas un excès. Elles révèlent un décalage persistant entre ce que l’on contrôle très bien - les chiffres, les diagnostics, les seuils - et ce que l’on transforme lentement : les murs.

La chaleur que nous laissons filer ne disparaît pas.

Elle ne s’évapore pas dans l’air froid. Elle raconte, silencieusement, notre manière d’habiter le temps long.


Chaque fuite prise isolément semble anodine. Un mur trop mince, une rénovation incomplète, une solution provisoire. Mais additionnées, ces pertes forment un motif familier : celui d’un système percé de toutes parts, que l’on colmate sans jamais repenser sa structure. Un gruyère administratif, soigneusement contrôlé, méticuleusement documenté, mais toujours ajouré.

Ce que nous laissons filer dans les murs ressemble à ce que nous accumulons ailleurs : des dettes lentes, invisibles, reportées. On ne paie pas aujourd’hui, on paiera plus tard. On compense, on diffère, on empile. La facture n’explose jamais d’un coup. Elle s’installe.


Cette logique n’est pas seulement technique. Elle est culturelle. Chacun optimise à son échelle, chacun améliore son confort immédiat, sans vision d’ensemble. L’individualisme thermique épouse l’individualisme économique : rationnel à court terme, coûteux collectivement.

Les trous dans la raquette ne sont pas une erreur. Ils sont le résultat d’un choix répété : préférer l’ajustement à la refondation, le contrôle à la transformation, le présent au temps long.

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