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La terre s’efface, et la nation avec elle


Quentin Règles
Un article de



Quentin Règles
« On ne défend bien que ce qu’on aime. Et on n’aime que ce qu’on connaît. »
— Pierre-Jakez Hélias dans "Le Cheval d'Orgueil"
Chaque année, à la date symbolique du 22 avril, les réseaux bruissent d’initiatives célébrant la « Journée de la Terre ».
On y plante des arbres entre deux stories, on décore des vitrines de slogans verts, et on rêve d’un monde plus doux, plus durable, plus conscient.
Mais quelques jours plus tard, loin des caméras, la vraie Terre, celle que l’on foule, que l’on laboure, que l’on hérite, s’efface dans une indifférence presque méthodique. Les paysans se taisent — ou se suicident.
Et la France continue d’oublier qu’elle fut un pays rural avant de devenir une nation tout court.
L’héritage brisé
Il fut un temps — pas si lointain — où les terres agricoles avaient une valeur quasi sacrée. Elles se transmettaient de père en fils, de mère en fille, avec des gestes lents et des promesses murmurées. Aujourd’hui, elles sont à vendre. Ou à l’abandon. Endettées, sans repreneur, parfois même invendables, elles ne sont plus que l’ombre de leur passé. Les héritiers refusent l’héritage : trop lourd, trop incertain, trop douloureux.
Ce ne sont pas seulement des hectares qui disparaissent, mais un lien fondamental avec le sol, avec la temporalité du vivant, avec la continuité générationnelle. Il n’y a pas de nation sans transmission. Et ce qui s’effondre ici est l’un des derniers socles encore palpables de l’identité française.
Une profession sous perfusion… et sous pression
En moyenne, un agriculteur se donne la mort tous les deux jours en France.
Cette statistique, trop souvent répétée pour encore choquer, est pourtant le marqueur d’un effondrement civilisationnel. Car un pays qui laisse mourir ses paysans ne meurt pas de faim — il meurt de honte.
Dans cette agonie silencieuse, la FNSEA continue de régner, hégémonique et ambiguë. Syndicat historique ou rouage d’un modèle agro-industriel à bout de souffle ? Les voix alternatives, bio, locales, permaculturelles, peinent à émerger sous le rouleau compresseur des logiques productivistes et des aides mal orientées. L'État compense, subventionne, rééchelonne. Mais ne réforme pas.
Des drapeaux pour ailleurs, le silence pour ici
On manifeste en bleu et jaune pour l’Ukraine, on s’émeut des oliviers palestiniens arrachés, on relaie des appels à sauver des forêts brésiliennes. Ces élans sont parfois sincères. Mais comment comprendre cette étrange absence d’émotion pour nos propres campagnes ? Quelle est cette générosité qui se mue, chez nous, en mépris de classe ?
Nos haies arrachées, nos sources polluées, nos terres bétonnées, nos fermes désertées. La défense du monde ne commence-t-elle pas par le soin de ce qu’on a sous les pieds ?
À force de tout globaliser, nous avons perdu la sensibilité au proche. À ce qui pousse lentement, au rythme des saisons, à ce qui ne s’affiche pas.
Le mot “paysan” est un mot politique
Longtemps moqué, le mot “paysan” revient. Et c’est heureux. Car il contient “pays”. Le paysan n’est pas seulement un producteur de matière : il est le gardien d’un territoire, d’un climat, d’un paysage, d’un imaginaire.
Or, en le reléguant au folklore, en le précarisant jusqu’à l’absurde, en l'administrant comme un brèviere de normes, en laissant les terres se vendre à des firmes ou à des étrangers, nous avons désarmé l’idée même de nation. Car ce ne sont pas les seules frontières qui font un pays. Elle peuvent le protéger si ce n'est l'enfermer...
Ce qui nous fait grandir, droit et fort, ce sont nos racines.
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