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Au Caire, l’un des plus grands projets de transport du continent africain entre progressivement en service. Un monorail géant doit relier les nouvelles villes satellites à une mégapole de plus de vingt-cinq millions d’habitants. Derrière cette actualité égyptienne se cache une histoire plus vaste : celle d’un rêve ancien, plusieurs fois abandonné, qui consiste à faire circuler les hommes au-dessus des villes plutôt qu’à travers elles.
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Frison Gaspier
Le fantôme de béton au bord de l’autoroute
Des milliers d’automobilistes l’aperçoivent chaque année sans savoir ce qu’ils regardent. Entre Paris et Orléans, puis vers Tours, une étrange structure de béton traverse encore la campagne française. Suspendue au-dessus des champs, solitaire et silencieuse, elle ressemble à un viaduc inachevé. Pourtant, ce n’est ni une autoroute ni une voie ferrée. C’est l’un des derniers vestiges de l’Aérotrain, sans doute l’un des projets technologiques les plus audacieux jamais imaginés en France.
Dans les années 1960, l’ingénieur Jean Bertin rêve de révolutionner les transports. Son véhicule ne roule pas sur des roues mais sur un coussin d’air. Guidé par une voie unique en béton, il atteint des vitesses qui paraissent alors inimaginables. En 1974, un prototype dépasse les 430 km/h, soit davantage que les premiers TGV qui entreront en service plusieurs années plus tard.
Puis le rêve s’arrête. Choc pétrolier, changement de priorités politiques, choix du TGV : l’État français tranche. L’Aérotrain devient l’un de ces futurs qui n’ont jamais eu lieu...
Pourquoi le monorail revient aujourd’hui
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Pourtant, partout dans le monde, les villes continuent de chercher des solutions pour échapper à l’asphyxie automobile.
Le principe du monorail est simple. Les rames circulent sur une unique poutre de guidage, généralement surélevée. L’emprise au sol est réduite, les travaux perturbent moins la circulation et les infrastructures peuvent traverser des zones urbaines extrêmement denses sans nécessiter de vastes expropriations.
Longtemps considéré comme un gadget futuriste réservé aux parcs d’attractions ou aux expositions universelles, le monorail connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. On le retrouve à Tokyo, Chongqing, São Paulo, Mumbai ou encore Riyad. Les métropoles géantes cherchent désormais à exploiter l’espace aérien autant que l’espace terrestre.
Le Caire constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus spectaculaires de cette tendance.
Une mégapole au bord de l’étouffement
Avec plus de vingt-cinq millions d’habitants dans son aire urbaine, Le Caire figure parmi les villes les plus congestionnées de la planète. Les embouteillages y sont devenus un élément permanent du paysage. Les temps de trajet se comptent parfois en heures pour quelques kilomètres seulement. Pollution atmosphérique, bruit, consommation de carburant et pertes économiques forment un cocktail devenu difficilement soutenable.
Pour tenter de répondre à cette situation, les autorités égyptiennes ont lancé un vaste programme de modernisation des transports. Métro, trains rapides, nouvelles routes et désormais monorail doivent accompagner le développement de la nouvelle capitale administrative construite à l’est du Caire.
Le projet impressionne par son ampleur. Près de cent kilomètres de lignes, plusieurs dizaines de stations et des trains entièrement automatisés doivent relier les nouveaux quartiers résidentiels et administratifs au cœur de l’agglomération.
Vu du ciel, le monorail ressemble à un ruban futuriste traversant le désert avant de rejoindre la ville historique.
Une solution miracle ? Pas si simple
Comme souvent avec les grands projets d’infrastructure, les promesses s’accompagnent de critiques.
Les partisans du monorail soulignent sa faible emprise foncière, sa consommation énergétique réduite et sa capacité à transporter rapidement des dizaines de milliers de voyageurs par heure. Ils y voient une alternative moderne à l’automobile individuelle et un outil indispensable pour accompagner la croissance urbaine.
Les opposants rappellent que ces infrastructures demeurent coûteuses à construire et à entretenir. Certains observateurs égyptiens s’interrogent également sur le prix des billets et sur la clientèle réellement visée. Le risque existe que certaines lignes profitent davantage aux catégories les plus aisées qu’aux habitants les plus modestes de la capitale.
La question est universelle. Les transports du futur doivent-ils d’abord être spectaculaires ou accessibles ?
Le futur a souvent plusieurs vies
L’histoire des transports est remplie d’idées abandonnées puis redécouvertes. Le dirigeable semblait condamné avant de réapparaître dans certains projets logistiques. Les tramways avaient disparu de nombreuses villes avant d’effectuer un retour spectaculaire. Les trains de nuit, jugés obsolètes il y a vingt ans, retrouvent aujourd’hui des voyageurs.
Le monorail appartient peut-être à cette famille de technologies que l’on enterre trop vite.
Les problèmes ont changé d’échelle, mais les rêves restent les mêmes. Depuis plus d’un siècle, les villes cherchent à gagner de la place, du temps et de la fluidité. Elles veulent faire circuler davantage d’hommes sans étouffer davantage leurs rues.
Le futur des transports ne surgit pas toujours sous une forme totalement nouvelle. Il arrive parfois qu’il emprunte un vieux rêve, qu’il le dépoussière et qu’il le remette en mouvement.
Au-dessus des champs du Loiret comme au-dessus du désert égyptien, une même idée continue finalement de traverser les décennies : pour avancer, les villes regardent de plus en plus vers le ciel.
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