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Une équipe de chercheurs publie dans Science Advances une expérimentation inédite : remplacer l’odorat défaillant non pas en le réparant, mais en le contournant. Une piste technologique encore expérimentale, mais qui ouvre un débat médical sérieux sur l’anosmie, devenue un enjeu de santé publique.
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Aldrine Autrumay
Traduire plutôt que restaurer
L’odorat repose normalement sur un mécanisme précis : des molécules odorantes activent des récepteurs situés dans l’épithélium nasal, le signal est relayé vers le bulbe olfactif, puis traité par le cortex. Lorsque cette chaîne est interrompue - infection virale, traumatisme crânien, vieillissement, maladie neurodégénérative - la récupération devient incertaine. Depuis la pandémie de Covid-19, les troubles olfactifs persistants se comptent en millions de cas à travers le monde.
Les chercheurs ont choisi une approche radicalement différente. Plutôt que de restaurer les récepteurs détruits, ils ont combiné un capteur chimique - un “nez électronique” - à un système de stimulation électrique ciblant le nerf trigéminal, présent dans la cavité nasale. Ce nerf ne détecte pas les odeurs : il transmet des sensations de fraîcheur, de brûlure ou de picotement. Menthol, poivre, ammoniaque activent cette voie. L’appareil convertit donc une information olfactive en un schéma électrique interprétable par une autre modalité sensorielle.
Les résultats montrent que des participants, y compris anosmiques, peuvent détecter la présence d’un stimulus et, dans une certaine mesure, différencier plusieurs signaux. Il ne s’agit pas d’un parfum retrouvé. Il s’agit d’une information réencodée.
L’anosmie, angle mort sanitaire
La perte d’odorat reste socialement sous-estimée. Elle n’altère ni la mobilité ni la vision, elle ne provoque pas d’hospitalisation immédiate. Pourtant ses conséquences sont multiples. L’odorat constitue un système d’alerte primaire : fuite de gaz, fumée, aliments avariés, solvants toxiques. Son absence augmente le risque domestique.
Sur le plan nutritionnel, l’olfaction rétro-nasale participe à la perception des saveurs. Sans elle, le goût s’appauvrit. Certains patients perdent l’appétit, d’autres compensent par des aliments riches en sel ou en sucre. Chez les personnes âgées, la dénutrition peut s’aggraver silencieusement.
Les dimensions psychiques sont également documentées : altération de la mémoire émotionnelle, perte de repères sensoriels, augmentation des symptômes dépressifs dans les anosmies chroniques. L’odorat joue un rôle discret mais central dans l’attachement, l’identité, la reconnaissance de l’environnement.
Enfin, la perte d’odorat peut précéder certaines pathologies neurodégénératives. Elle constitue parfois un signal d’alerte précoce.
Une prothèse sans illusion
Le mot “prothèse” évoque un remplacement fidèle. Ce n’est pas le cas ici. Le modèle s’apparente davantage aux systèmes de substitution sensorielle utilisés en rééducation visuelle : on n’imite pas la fonction biologique, on fournit au cerveau un autre code.
Demain, un signal électrique spécifique pourrait signifier “gaz”, un autre “fumée”, un autre encore “aliment altéré”. Le cerveau, par apprentissage, associerait ces motifs trigéminaux à des significations utiles. La perception resterait abstraite, mais fonctionnelle.
Nous sommes loin d’une restitution fine des arômes ou des nuances olfactives. La discrimination reste grossière, la miniaturisation technologique à développer, la validation clinique à confirmer. Mais le principe est posé : le cerveau humain peut apprendre à lire une information autrement.
Ce ne sera pas le retour du parfum d’une rose.
Ce pourrait être le retour d’un signal vital.
Et parfois, en médecine, la sécurité précède la poésie.
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