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Il fut un temps où l’on disait de lui qu’il était le Mozart de la finance. Le compliment, répété comme un motif entêtant, sonnait juste dans l’oreille d’une France qui voulait croire à la virtuosité de son jeune maestro. Dix ans plus tard, c’est un autre air qui résonne : non plus la flûte enchantée, mais un pipeau désenchanté, dont les notes s’égarent dans un opéra d’État devenu tragédie.
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Igor Sifensarc
Dans la fosse, l’orchestre peine à s’accorder. Les violons grincent sous le poids d’une dette à cent treize pour cent du PIB, corde tendue prête à rompre. Les cuivres martèlent leur note obstinée : soixante-six milliards d’intérêts annuels, ostinato implacable, jamais couvert, jamais amorti. Les percussions grondent, cent soixante-neuf milliards de déficit pour 2024, roulements sourds qui couvrent toute autre voix. Dans les coulisses, le chœur des marchés entonne piano piano mais toujours crescendo, car chaque quart de point de taux c’est trois milliards d’euros supplémentaires, et l’on sent déjà l’air se faire irrespirable.
Entre alors le ténor. Emmanuel Macron, improvisateur persuadé de sa virtuosité, choisit la cadenza de la dissolution. Une improvisation sans mesure, au soir d’une défaite européenne. Deux cents millions d’euros pour l’organisation expresse, des mois de vacance politique où l’orchestre se tait, le silence plus coûteux que toutes les fanfares. Le joueur de pipeau brille en façade, mais derrière lui l’harmonie se défait, et l’auditoire perçoit la dissonance.
Puis retentit le motif guerrier. Ukraine, Ukraine, répète le chœur martial. Sept milliards d’euros d’armes et de contributions depuis 2022, violoncelles funèbres. Les hautbois geignent avec les factures d’énergie, quatre cents euros de plus par foyer. Les bassons grondent, blé, tournesol, engrais, envolés de vingt-cinq à trente pour cent. C’est un requiem dissimulé sous un hymne héroïque, une partition imposée à des spectateurs contraints.
S’avance alors le baryton. François Bayrou, voix rocailleuse, mess di voce qui enfle puis s’éteint. Il promet quarante-quatre milliards d’économies, mais chacun entend la fausse note : ces quarante-quatre ne suffisent même pas à couvrir les soixante-six d’intérêts. La ligne mélodique chancelle. Il ne sauve pas, il révèle. En croyant protéger le ténor, il dévoile l’abîme, l'échec, le fiasco : dix ans de politique économique mal conduite sort de sa bouche à lui.
Et voici Ursula von der Leyen, non pas soprano mais chef d’orchestre.
Baguette levée, elle brandit un programme à huit cents milliards, baptisé ReArm. Ce n’est pas une suggestion, c’est un tempo imposé. L’Europe bat la mesure et la France, premier violon épuisé, doit suivre, au risque d’éclater sa corde.
Le chœur final s’élève. Le peuple, basse collective, ne chante pas par choix, mais parce qu’il paie la place. Soixante-douze milliards déjà partis dans les boucliers énergie. Une dette qui enfle comme un orgue au registre saturé. Des réformes promises comme des arias jamais reprises. La salle comprend que le plus sévère réquisitoire contre le Mozart de la finance n’a pas été écrit par ses adversaires, mais par Bayrou lui-même, baryton fatigué venu sauver le ténor.
Rideau. Le pipeau désenchanté se tait, mais la caisse d’orchestre, elle, continue de se vider.
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