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Le plan discret pour contourner l’Iran

Quentin Règles

Un article de

Dans une déclaration presque anodine, Benjamin Netanyahu a évoqué la création de corridors énergétiques contournant le détroit d’Ormuz. Derrière cette phrase technique, une stratégie ancienne refait surface : déplacer les flux de pétrole pour reprendre la main sur un levier mondial longtemps tenu sous menace iranienne.

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Quentin Règles
Une phrase qui dévoile une stratégie


Il faut prêter attention aux mots, car ils ne sont jamais choisis au hasard. « Il suffit de construire des pipelines de pétrole et de gaz vers l’ouest, à travers la péninsule arabique… jusqu’à nos ports méditerranéens, et vous éliminez définitivement les points d’étranglement. » La formule est limpide. Il ne s’agit pas d’une hypothèse mais d’un horizon. D’un basculement envisagé. Dans le même mouvement, Netanyahou évoque la nécessité de routes alternatives, « plutôt que de passer par les points de blocage du détroit d’Ormuz ». Le message est clair : ne plus dépendre d’un passage que l’Iran peut bloquer ou menacer à tout moment. Ormuz n’est pas un simple détroit en forme d'épée de Damoclès... C’est une arme géopolitique latente. Depuis quarante ans, cette capacité de nuisance structure les équilibres énergétiques mondiaux, maintenant une tension permanente entre dépendance et vulnérabilité.



L’histoire longue des guerres énergétiques


Ce que cette déclaration remet en lumière, c’est une constante rarement formulée explicitement : les conflits modernes ne portent pas seulement sur des territoires, mais sur des flux. Ceux qui ont observé de près la première guerre du Golfe en 1991 - et ils sont encore nombreux à pouvoir en témoigner - ont perçu très tôt ce décalage entre le récit officiel et les objectifs réels. Derrière la libération du Koweït, il y avait la sécurisation d’un système énergétique global. Déjà, la question n’était pas seulement qui possède le pétrole, mais par où il circule. Un analyste américain résumait alors avec une lucidité désarmante : « Contrôlez les flux, et vous contrôlez l’issue. » Cette logique ne s’est jamais démentie. Elle s’est au contraire sophistiquée, dissimulée, intégrée aux discours diplomatiques.



Le pipeline comme instrument de puissance


Construire un pipeline, c’est bien plus que relier deux points. C’est figer une alliance, créer une dépendance, inscrire une trajectoire dans la durée. Le projet esquissé par Netanyahou - acheminer les hydrocarbures du Golfe vers la Méditerranée via la péninsule arabique et Israël - s’inscrit pleinement dans cette logique. Il ne s’agit pas seulement de contourner Ormuz, mais de déplacer le centre de gravité énergétique de la région. Israël deviendrait alors un point de passage incontournable, un hub énergétique reliant l’Asie à l’Europe. Une position qui transforme un État en infrastructure stratégique. Cette approche n’est pas isolée. Nord Stream, en Europe, visait déjà à contourner certains territoires pour établir une relation directe, presque bilatérale, entre producteurs et consommateurs. Dans le Caucase, les tensions autour des corridors passant par l’Arménie ou l’Azerbaïdjan obéissent à la même mécanique : qui maîtrise les routes impose ses conditions.



Accords d’Abraham : la lecture réaliste


Les accords d’Abraham ont été salués comme une avancée diplomatique majeure. Ils le sont. Mais leur solidité repose moins sur une convergence idéologique que sur des intérêts bien compris. Stabilité, coopération sécuritaire, certes, mais surtout sécurisation des flux énergétiques et commerciaux. Dans cette perspective, un corridor reliant les monarchies du Golfe à la Méditerranée via Israël apparaît comme une extension naturelle de ces accords. Une infrastructure qui donne corps à une alliance. Un prolongement concret d’une normalisation qui trouve dans l’énergie son véritable ciment. Comme le rappelait un ancien responsable régional : « Dans cette région du monde, l’économie et la sécurité sont les deux faces d’une même pièce. »



Derrière la guerre, la reconfiguration


La guerre actuelle ne fait qu’accélérer une dynamique déjà à l’œuvre. Les frappes sur les infrastructures énergétiques, les menaces répétées sur Ormuz, la volatilité des marchés rappellent une évidence : la dépendance est un risque stratégique. Netanyahou l’a formulé sans détour : « Je vois cela comme un changement réel qui suivra cette guerre. » Il ne s’agit pas seulement de répondre à une menace immédiate, mais de préparer l’après. De redessiner les routes pour réduire l’exposition. Dans ce contexte, Ormuz n’a pas besoin d’être fermé pour perdre de son importance. Il suffit qu’une alternative crédible existe pour que son pouvoir de nuisance diminue.



Ne pas être dupe


Il serait tentant de lire ces évolutions à travers le prisme des discours officiels, des alliances affichées ou des oppositions idéologiques. Ce serait une lecture incomplète. L’expérience - celle des crises passées, des conflits observés de près, des décisions prises loin des caméras - montre que les véritables enjeux se jouent ailleurs. Les pipelines, les corridors, les routes énergétiques ne font pas la une, mais ils structurent les décisions. Ils traversent les crises, survivent aux changements de régime, et redessinent silencieusement les équilibres. Dans cette perspective, la déclaration de Netanyahou n’est pas une réaction. C’est un signal. Celui d’un monde où la maîtrise de l’énergie ne passe plus seulement par sa production, mais par le contrôle de ses chemins. Et dans ce monde-là, les tuyaux comptent parfois plus que les discours.

Si les flux énergétiques contournent Ormuz, le Qatar et le Koweït perdront leur avantage stratégique... pendant que l’Arabie saoudite et Israël capteront la nouvelle route.

Pendant que les routes énergétiques se redessinent sur le terrain, une partie du débat public - experts de plateaux compris - continue de commenter les mots... Alors que l’essentiel se joue déjà dans les faits !

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Commentaires (2)

serge2983
28 mars

Merci Quentin pour cet article super intéressant, les infos du "Bonus abonné" sont rassurantes pour l'avenir, reste plus qu'à prendre les bonnes décisions pour mettre en échec les pays du golfe persique !


Francois Singer
Francois Singer
23 mars

Pour avoir été jeune animateur à Radio France Internationale, j’étais au micro dans la nuit du 2 août 1990, lorsque la première guerre du Golfe a éclaté.


J’ai vu arriver sur nos plateaux des “experts” inconnus la veille, venus dérouler un discours déjà prêt. Quelques semaines plus tard, Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense, démissionnera en profond désaccord.


Avec le recul, une chose m’est restée : la rhétorique officielle dit rarement l’essentiel. Elle l’habille. Elle le détourne.

Les postures de condamnation d’aujourd’hui (pour préserver "certains intérêts" au Koweit ou au Qatar) ne font pas exception...


Cet article, de Quentin Règles, propose une autre lecture : plus froide, plus lucide.

Et, à ma connaissance, vous ne la lirez nulle part ailleurs.

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Le pipeline qui existe(ra) déjà

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L’idée d’un corridor énergétique reliant le Golfe à la Méditerranée via l’Arabie saoudite et Israël semble aujourd’hui relever de la projection stratégique. Elle est en réalité le prolongement d’une histoire ancienne, faite d’infrastructures déjà construites, d’alliances disparues et de projets régulièrement envisagés. Ce pipeline n’est pas à inventer. Il existe déjà, par fragments, depuis plus d’un demi-siècle.

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