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Dix ans, c’est peu pour une industrie, mais suffisant pour observer un cycle complet : lancement euphorique, diffusion rapide, promesses technologiques, puis premier reflux. En 2015, lorsque les premières montres intelligentes grand public arrivent sur le marché, elles incarnent une idée simple : déplacer une partie de l’écran du téléphone vers le poignet. Dix ans plus tard, elles sont devenues des objets hybrides, à la fois outils de suivi corporel, accessoires de statut social et indicateurs discrets de notre rapport au temps, à la santé et à la performance.
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Irène Adler
2015–2025 : de l’objet spectaculaire à l’objet installé
Au départ, la montre intelligente est pensée comme un prolongement du téléphone : notifications, appels, messages, agenda. Très vite, les fabricants déplacent le centre de gravité vers le corps. Mesure du rythme cardiaque, suivi du sommeil, comptage des pas, estimation de la dépense énergétique deviennent les arguments centraux. L’objet cesse d’être un simple écran secondaire pour devenir un capteur permanent. Cette évolution explique en grande partie son adoption rapide durant la seconde moitié des années 2010, notamment dans les pays développés, où la promesse d’un contrôle individuel de la santé rencontre un terrain culturel favorable.
Ce que la montre mesure, et ce qu’elle suggère
En dix ans, les capacités se sont élargies, mais les limites demeurent. Les montres intelligentes mesurent correctement des tendances : fréquence cardiaque moyenne, durée de sommeil, niveaux d’activité. Elles sont moins fiables pour le diagnostic médical, malgré un discours marketing parfois ambigu. Leur force n’est pas la précision clinique, mais la répétition quotidienne, qui transforme le corps en série de données. C’est moins un instrument médical qu’un miroir chiffré, parfois rassurant, parfois anxiogène, selon l’usage et le profil de l’utilisateur.
Marché mondial : la fin de la croissance automatique
Sur le plan économique, 2024 marque un tournant. Selon le cabinet d’analyse Counterpoint Research, le marché mondial des montres intelligentes a reculé d’environ 7 % sur l’année, une première depuis leur lancement. Ce ralentissement s’explique par la saturation des marchés matures, l’allongement de la durée de renouvellement et une innovation jugée moins spectaculaire par les consommateurs. Apple demeure le premier acteur mondial sur l’ensemble de l’année 2024, mais ses volumes reculent nettement. En 2025, la hiérarchie se fragmente : sur certaines périodes, notamment au deuxième trimestre, le groupe chinois Huawei passe devant en nombre d’unités expédiées, porté par le marché asiatique et des prix plus accessibles. La domination n’est donc plus absolue, elle devient contextuelle.
France : un objet de génération et de milieu social
En France, l’usage est désormais documenté avec précision. Selon l’Insee, en 2024, 22 % des personnes âgées de 15 ans ou plus portent quotidiennement un objet connecté, principalement une montre intelligente ou un bracelet d’activité. Mais cette moyenne masque de forts écarts. Chez les 15–44 ans, la proportion atteint 31 %, contre seulement 9 % chez les 60 ans ou plus. Le niveau de vie joue également un rôle déterminant : 29 % des personnes appartenant aux ménages les plus aisés utilisent quotidiennement un objet connecté, contre 18 % parmi les plus modestes. La montre intelligente apparaît ainsi moins comme un objet universel que comme un marqueur générationnel et économique, discret mais réel.
Un objet culturel autant que technologique
Porter une montre intelligente, ce n’est pas seulement mesurer son pouls. C’est afficher une certaine relation au corps, à la performance, à l’optimisation de soi. Chez les plus jeunes actifs urbains, elle accompagne une culture du suivi permanent : sommeil, sport, productivité. Chez d’autres, elle reste perçue comme intrusive ou superflue. Dix ans après son apparition, la montre intelligente révèle surtout nos lignes de fracture contemporaines : entre prévention et obsession.
Projection : le poignet comme frontière
À l’horizon 2030, la montre intelligente ne disparaîtra pas, mais elle ne progressera plus par simple effet de nouveauté. Son avenir dépendra de sa capacité à se rendre réellement utile sans devenir envahissante. Moins de promesses, plus de clarté. Moins de performance affichée, plus de sens donné aux données. Après dix ans, le marché a atteint l’âge de raison, sans jamais avoir réellement déclenché une passion.
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