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Pour la première fois en France, un foyer du nématode du pin a été détecté à Seignosse, dans les Landes. Ce ver microscopique, invisible à l’œil nu, provoque la mort rapide des conifères. Le plus vaste massif forestier d’Europe occidentale est désormais en alerte rouge.
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Irène Adler
Le silence avant la fièvre
Ils semblaient immuables. Des kilomètres de pins maritimes alignés comme une armée verte, dressés face à l’Atlantique. Mais c’est au cœur même de ce symbole de la forêt landaise qu’un intrus vient d’être repéré : Bursaphelenchus xylophilus, le nématode du pin. Confirmée par le ministère de l’Agriculture le 4 novembre 2025, cette première détection française marque un tournant écologique et économique majeur.
Le foyer a été identifié à Seignosse, commune littorale des Landes. L’échantillon suspect, prélevé sur un arbre dépérissant, a été analysé par le laboratoire de référence de l’Anses. Verdict : positif. Le ver, originaire d’Asie, s’attaque aux vaisseaux de sève des conifères. Il bloque la circulation de l’eau et provoque en quelques semaines le flétrissement des aiguilles, puis la mort.
Le ver et la bête
Ce parasite ne voyage pas seul. Il se déplace grâce à un coléoptère, le Monochamus galloprovincialis, présent sur tout le pourtour méditerranéen. Quand l’insecte pond sous l’écorce, le nématode s’y glisse et passe d’un arbre à l’autre. Un couple de Monochamus suffit à contaminer une parcelle entière.
L’Europe redoutait cette contamination depuis des années. L’Espagne et le Portugal ont déjà dû abattre des millions de pins pour contenir l’invasion. En France, la vigilance portait surtout sur la zone landaise, immense monoculture de Pinus pinaster : une essence sensible et affaiblie par les sécheresses et tempêtes successives.
Une forêt à bout de souffle
Le nématode n’est pas le premier ennemi du pin. Sécheresse, scolytes, champignons du genre Dothistroma (maladie des bandes rouges) : tout concourt à fragiliser ces peuplements. Mais l’arrivée du ver asiatique agit comme un révélateur : celui d’un écosystème fragilisé, trop uniforme, incapable de résister à un stress biologique supplémentaire.
« C’est la tempête sans vent », résume un ingénieur forestier du CNPF. La propagation du parasite dépendra désormais des conditions climatiques et des flux de bois. Si le vecteur est actif en période chaude, le risque d’extension rapide est réel. L’ONF prépare déjà un protocole de surveillance renforcée.
Des arbres qu’il faudra brûler
Le plan d’urgence prévoit l’abattage et la destruction par incinération de tous les arbres dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour du foyer. Un choc pour la région. Les propriétaires forestiers craignent une « saignée » économique autant que paysagère : la filière bois, déjà éprouvée par les incendies et la tempête Xynthia, redoute un effondrement de la production.
La maladie n’a aucun traitement curatif. Seule la prévention fonctionne : éviter le transport de bois non écorcé, stériliser les cargaisons, diversifier les essences. Le ministère parle d’une « menace sanitaire majeure », tandis que les laboratoires de l’INRAE tentent de suivre l’évolution génétique du ver pour anticiper sa progression.
Une blessure française
Le massif landais n’est pas qu’une ressource économique : c’est un paysage identitaire, né de la main de l’homme. Ses pins plantés au XIXᵉ siècle ont fixé les dunes, abrité des milliers d’espèces et façonné la mémoire collective du Sud-Ouest. Voir ce géant vaciller, c’est comme si la mer revenait ronger les terres conquises.
Les pins saignent, mais pas encore à mort.
Si la France agit vite, elle peut circonscrire la plaie.
Sinon, la menace pourrait transformer les Landes en désert boisé.
À Seignosse, le fracas venait de l’océan, quand les plus hautes vagues françaises de l’Atlantique venaient abîmer la dune et agacer les chardons.
Mais la forêt tenait bon.
Elle était le refuge, le calme.
Aujourd’hui, c’est elle qui tremble.
Le vent y siffle un peu plus fort, comme s’il savait que quelque chose s’y propage.
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