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Les pubs sous pression

Frison Gaspier

Un article de

Chaque jour, ou presque, un pub baisse le rideau au Royaume-Uni. La statistique circule, frappe, inquiète. Derrière elle, il n’y a pas seulement des faillites, mais des chaises empilées, des comptoirs silencieux, des voix qui ne se croisent plus. En Angleterre, le pub n’est pas un commerce comme un autre : c’est un lieu de vie, parfois le dernier. Alors quand ils ferment, ce n’est pas seulement une économie qui vacille, c’est une civilisation ordinaire qui se retire à pas feutrés.

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Frison Gaspier
Une pinte à Bethnal Green

Il est un peu plus de dix-huit heures au The King’s Arms, dans l’est populaire de Londres. Les murs portent encore les traces d’un siècle d’habitudes : bois sombre, cadres jaunis, miroirs piqués par le temps. À la table voisine, deux ouvriers en gilet fluorescent commentent la journée. Au fond, une femme d’un certain âge lit le journal, une pinte posée intacte devant elle. Ici, personne ne regarde l’heure. On regarde les autres.

Le patron essuie des verres. Il me glisse, presque à voix basse :

« Vous savez, il y a des jours où j’ai l’impression d’être le gardien d’un musée encore ouvert. »



Un chiffre qui glace

Selon les données compilées par des cabinets spécialisés et reprises par la presse britannique, près de 500 pubs ont fermé en Angleterre et au pays de Galles en 2024, soit environ un établissement par jour. La tendance se poursuit en 2025, malgré une légère reprise de fréquentation post-Covid.

Sur le temps long, le constat est plus sévère encore : près de 45 % des pubs britanniques ont disparu depuis l’an 2000. Une lente érosion, presque invisible au quotidien, mais brutale lorsqu’on la regarde dans le rétroviseur.



L’après-Covid, ou la double peine


Pendant la pandémie, l’État britannique avait consenti des allègements exceptionnels, notamment sur les business rates : la lourde taxe foncière commerciale. Beaucoup de pubs n’ont survécu que grâce à ces bouées temporaires.

Mais depuis 2024-2025, le retour à une fiscalité « normale » agit comme un choc différé. La revalorisation des locaux commerciaux, calculée sur des bases d’avant-Covid, a entraîné des hausses de charges pouvant dépasser 30 % pour certains établissements.

À cela s’ajoutent : la hausse du salaire minimum, l’augmentation des cotisations sociales,des factures d’énergie durablement élevées, et une consommation plus prudente des ménages.

Même les grandes chaînes n’y échappent pas. Le groupe JD Wetherspoon a récemment averti d’une baisse de ses profits, évoquant explicitement l’explosion des coûts fixes.



« On ne vend pas que de la bière »


Au King’s Arms, le patron hausse les épaules quand je lui parle de rentabilité.

« Ici, on ne vend pas seulement de la bière. On vend du temps partagé. Des conversations qui n’auraient lieu nulle part ailleurs. Essayez de mettre ça dans une case fiscale. »

Un habitué intervient, sans colère, presque fatigué :

« Quand un pub ferme, les gens ne vont pas ailleurs. Ils rentrent chez eux. Et ils restent seuls. »

Ces paroles reviennent souvent dans les témoignages recueillis outre-Manche. Le pub n’est pas un lieu d’alcoolisation, mais un espace social régulé par l’usage, où l’on peut venir sans invitation, sans écran, sans programme.



Quand le vivre-ensemble devient suspect


Il y a là un paradoxe contemporain. On n’a jamais autant parlé de lien social, de cohésion, de vivre ensemble. Et pourtant, les lieux qui l’incarnent concrètement disparaissent les uns après les autres.

Les pubs, comme autrefois les bistrots de village en France, semblent payer le prix d’une époque obsédée par la norme, la prévention, la traçabilité, et méfiante à l’égard des plaisirs simples, surtout lorsqu’ils sont collectifs.

Non par morale, mais par glissement : ce qui ne se mesure pas bien devient suspect. Ce qui génère du bruit, du rire, de l’imprévu, devient un problème à encadrer, puis à taxer.



Un monde qui se retire

Dans l’est londonien, comme dans certaines campagnes anglaises, la fermeture d’un pub ressemble à celle d’une poste, d’une école, d’une épicerie. Un point fixe disparaît, et avec lui une part de la vie locale.

Ce sont les pubs qui ferment, les paysans qui arrêtent, les métiers qui se raréfient, sans bruit, par épuisement. Le monde ne s’effondre pas : il se retire.



Dernière gorgée


En quittant le King’s Arms, la nuit est tombée sur Bethnal Green. Derrière les vitres, les conversations continuent. Rien d’extraordinaire. Et c’est précisément cela qui est en jeu.

La disparition des pubs britanniques n’est pas un fait divers économique. C’est un signal discret : celui d’une société qui peine à préserver les lieux où l’on peut encore être ensemble sans raison particulière. Au fond, le temps est à la rentabilité... le bonheur partagé (suspect) est devenu un peu trop bruyant !

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