top of page

🎯 Un autre journalisme est possible 👁️ TSVmag, un média libre, indépendant et participatif 💡 Parce que la vérité ne vous fait pas peur 🧠 Et que penser, c’est déjà agir ! ✍️ Abonnez-vous

NeuroNews

Partager NeuroNews 👉

L’Europe qu’on ne regarde plus

Irène Adler

Un article de

On nous parle d’Europe comme d’un horizon indépassable. Mais lorsque nos voisins votent, nos médias détournent les yeux. Ce décalage n’est pas une négligence : il est devenu une structure, révélatrice d’un rapport profondément désincarné aux peuples européens que l’on prétend pourtant unir.

Vos articles Favoris

à retrouver dans votre cockpit

DALL·E 2025-03-11 18.48.13 - A futuristic treasure chest glowing with a soft golden light,
ChatGPT Image 27 mars 2025 à 16_27_33.png

...

🎲 À lire aussi (au hasard)
Irène Adler
Une élection voisine, un silence assourdissant


Dimanche dernier, le Portugal entrait dans un moment électoral décisif. Le premier tour de l’élection présidentielle a placé largement en tête António José Seguro face à une extrême droite en progression mais contenue. Ce n’est pas encore une élection jouée, mais c’est un signal politique clair, lisible, structurant, dans un pays européen proche, lié à la France par l’histoire, l’économie et la culture.

Pourtant, dans le paysage médiatique français, cet événement est resté presque invisible. Quelques brèves, parfois rien. Aucun récit, aucune mise en perspective, aucun effort pour comprendre ce que ce premier tour dit du Portugal contemporain, de ses équilibres, de ses inquiétudes, de ses choix.

Ce silence n’est pas accidentel. Il dit quelque chose de plus profond : l’Europe réelle, celle des peuples et des trajectoires nationales, n’intéresse plus que marginalement.



L’Europe ne devient audible que lorsqu’elle inquiète


Il existe pourtant une exception à cette indifférence : lorsque l’extrême droite progresse. Là, soudain, les plateaux s’ouvrent, les correspondants s’activent, les éditorialistes s’emballent. L’Allemagne devient intéressante à travers l’AfD, l’Italie à travers ses figures les plus radicales, l’Europe centrale à travers ses tensions dites « illibérales ».

L’Europe n’est plus racontée comme un ensemble de sociétés vivantes, mais comme une galerie de menaces. Elle n’existe médiatiquement qu’à condition de nourrir une dramaturgie de la peur, souvent ramenée à des débats strictement français.



L’Amérique comme obsession structurante


À l’inverse, la vie politique américaine occupe un espace démesuré. Les élections présidentielles y sont suivies mois après mois, parfois année après année. Les primaires, les conventions, les débats, les sondages, les petites phrases deviennent des événements nationaux français. Les élections de mi-mandat sont analysées bien avant qu’elles n’aient lieu.

Cette disproportion n’est pas seulement quantitative. Elle est culturelle. Elle façonne une hiérarchie implicite où ce qui se joue à Washington semblerait toujours plus décisif que ce qui se décide à Lisbonne, Madrid, Rome ou La Haye. Comme si l’Europe n’était qu’un décor secondaire, pendant que l’Histoire se ferait ailleurs. Faut-il y voir une cause ou un effet ? Sans doute les deux, tant le désintérêt nourrit l’effacement, et l’effacement justifie le désintérêt.



Ce que nous ne savons plus de nos voisins


Essayons un instant de nous interroger honnêtement. Savez-vous comment s’appelle le Premier ministre des Pays-Bas ? Savez-vous qui dirige aujourd’hui l’Espagne ? Ignorez-vous le nom du chef du gouvernement portugais ? Pouvez-vous citer sans hésiter le chancelier allemand en fonction ?

La plupart des lecteurs en sont incapables. Non par manque d’intelligence ou de curiosité, mais parce qu’on ne leur en parle jamais. À l’inverse, chacun connaît les candidats américains, leurs soutiens financiers, leurs conflits culturels, leurs stratégies numériques. Cette asymétrie n’est pas naturelle : elle est fabriquée.



Le week-end révélateur


Ce déséquilibre a trouvé une illustration presque caricaturale le week-end même du premier tour portugais. Sur France Info, durant toute une journée, le sujet dominant fut la prestation d’un chanteur hispanophone lors du Super Bowl. Décryptages, commentaires, tonalités culturelles, débats d’ambiance.

Pendant ce temps, une élection présidentielle européenne se déroulait à quelques centaines de kilomètres. Le contraste est saisissant. Il dit tout d’un ordre de priorité médiatique où la culture américaine, même anecdotique, supplante systématiquement la démocratie européenne, même lorsqu’elle est en train de s’exprimer.



Une prophétie ancienne, aujourd’hui accomplie


Cette dérive avait pourtant été anticipée. « Une Europe qui se construit sans les peuples se condamne à n’être qu’un objet administratif », avertissait Philippe Séguin, inquiet d’un projet coupé de toute chair démocratique.

Jean-Pierre Chevènement allait plus loin encore : « On ne fera pas l’Europe contre les nations, car les nations sont la forme politique par laquelle les peuples existent. » Ces mises en garde n’étaient pas des refus de l’Europe, mais des alertes sur sa fragilité si elle devenait abstraite, technocratique, désincarnée.



La formation des élites, angle mort persistant


Il faut enfin interroger la matrice culturelle de nos élites médiatiques. Une large part d’entre elles a été formée, socialisée, parfois cooptée dans des réseaux profondément tournés vers le monde anglo-saxon. Programmes d’échanges, fondations, cercles transatlantiques, clubs d’influence : le regard se porte spontanément vers l’Ouest.

Cette acculturation n’est pas neutre. Elle façonne des réflexes, une hiérarchie implicite de ce qui mérite d’être raconté, Une fascination pour le récit américain, au détriment d’une compréhension fine des sociétés européennes. Comme si tout se décidait ailleurs, et qu’il ne restait plus qu’à s’aligner. Non par conviction, mais par allégeance implicite à des centres de pouvoir perçus comme seuls réellement décisifs, au mépris des peuples et de leur grammaire politique.



Le mépris tranquille de la grammaire des peuples


On prétend faire l’Europe tout en se désintéressant de ce que vivent ses peuples. On invoque l’unité tout en ignorant les langues politiques, les cultures démocratiques, les sensibilités nationales. Cette contradiction nourrit une forme de tartufferie contemporaine : un discours européiste abstrait, déconnecté, souvent moralisateur.

À force de ne pas regarder nos voisins, on finit par parler de l’Europe sans eux. Et une Europe sans peuples, sans mémoire politique partagée, sans grammaire commune, n’est plus un projet vivant, mais une formule creuse, vouée à l’échec.

À force d’indifférence, on finirait par croire que cette issue n’a rien d’accidentel.

Partager ce contenu

Commentaires (1)

Francois Singer
Francois Singer
10 févr.

Parfait ! 👍

Fleche.png

Pour aller plus loin dans cette réflexion 🧠 le Bonus réservé à nos abonnés

Vous faites vivre ce média, la suite vous est réservée...

On parlera de l’Europe demain

On parlera de l’Europe demain

Ce texte est une fiction.

Mais chaque scène s’appuie sur un événement réel, un calendrier précis, des responsables politiques identifiables.

Les dialogues sont inventés. Les arbitrages, eux, sont ceux que l’on entend tous les jours.

✨ Ce bonus exclusif est disponible pour les abonnés de la NeuroSphère.

🧠 12 € par an - Ce n’est pas un abonnement... C’est un acte de soutien !

🧠 Offrez-vous un cerveau plus brillant ✨ La carte cadeau TSVmag vous attend  👉 

bottom of page