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Pourquoi la haine frappe les fêtes

Nicolas Guerté

Un article de

Alors que des coups de feu éclataient en Australie, une communauté juive célébrait Hanouka. À l’autre bout du monde, en raison du décalage horaire, d’autres familles s’apprêtaient à allumer leurs bougies. Même calendrier, mêmes gestes, même attente silencieuse d’une flamme. Dans le fracas de l’actualité immédiate, TSVmag choisit un pas de côté. Non pour détourner le regard, mais pour poser une question plus ancienne que la violence elle-même : pourquoi s’en prendre à une communauté au moment précis où elle célèbre ? Pourquoi viser la fête, et non seulement les corps ?

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Hanouka commémore une résistance et un recommencement. Une huile jugée insuffisante, une lumière pourtant durable. Un rite modeste, domestique, répété soir après soir. La fête ne glorifie ni la puissance ni la conquête ; elle rappelle qu’une clarté minuscule peut tenir face aux ténèbres. « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie. » Cette phrase, issue de l’Évangile de Jean, résonne bien au-delà de toute confession : elle dit l’obstination du sens face au chaos.



Frapper la fête, pas seulement les corps


S’attaquer à une célébration n’est jamais un hasard. La fête est un temps commun, un moment où une communauté se rend visible, rassemble ses générations, expose ses symboles. La viser, c’est tenter de rompre la continuité humaine. La violence cherche alors moins à tuer qu’à interrompre : interrompre un calendrier, une transmission, une promesse de lendemain. « La violence commence là où la parole échoue », écrivait Hannah Arendt ; frapper une fête, c’est frapper l’espace même où la parole circule encore.



Des équivalences partout


Noël, le ramadan, Pâques, Diwali, un mariage, une procession : l’histoire récente est jalonnée d’attaques commises lors de moments de joie ritualisée. Les religions diffèrent, les philosophies aussi, mais la cible est la même : l’instant où l’autre se rassemble pour dire « nous ». Il ne s’agit pas d’une hiérarchie des souffrances, ni d’un concours des indignations, mais d’un constat anthropologique : la fête rend vulnérable parce qu’elle est ouverte, publique, offerte.



Une racine commune


Dans toutes les cultures, la fête suspend le quotidien. Elle autorise la danse, le chant, la table partagée. Elle est un excès contrôlé, une respiration. René Girard rappelait que la violence mimétique surgit lorsque le désir se fixe sur ce qui fait lien. La fête concentre ce lien ; elle attire donc la haine de ceux qui veulent l’abolir. « L’homme ne hait jamais tant que lorsqu’il se sent exclu du sens », notait déjà Spinoza, dans une langue que les siècles n’ont pas épuisée.



Pourquoi la haine déteste la joie


La haine ne supporte pas que l’autre célèbre ce qui lui survit. La fête dit : nous sommes encore là. Elle affirme la durée quand la violence parie sur la disparition. Elle oppose la répétition des gestes à l’irruption de la peur. Attaquer une célébration, c’est tenter de voler le temps, de confisquer le futur. C’est refuser que l’autre ait droit à la lumière, fût-elle fragile.



Les limites de l’indignation


Paradoxalement, nous ne pensons pas que l’indignation, ni les bougies - même lorsqu’elles sont au cœur de Hanouka - suffisent. Les mêmes formules reviennent, rassurantes, prêtes à l’emploi : « ils n’auront pas ma haine », « l’amour vaincra ». Elles disent une intention, rarement une stratégie. Or la violence qui frappe les fêtes ne s’alimente pas seulement de fanatisme : elle se nourrit aussi d’un ressort plus ancien et plus concret, la jalousie. La jalousie de ceux qui ne supportent pas que l’autre ait une mémoire, un calendrier, une joie qui lui échappe. Simone Weil écrivait : « Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines. » On ne combat ni le refus ni la haine lorsque l’on a renoncé à cultiver ses propres racines, ou lorsqu’on les porte avec honte. Affirmer ce que nous sommes n’est pas s’opposer à l’autre ; c’est inscrire le conflit hors de l’instant, pour faire gagner le temps long contre l’urgence destructrice.



Racines visibles, société durable


Lorsque nous cachons nos crèches et nos santons, lorsque nous parlons des « fêtes de l’hiver » plutôt que de Noël, nous tournons le dos à ce que nous sommes. Non par renoncement religieux - il n’est même plus question ici de croyance ni d’allégeance - mais par effacement culturel. Les sociétés ne se tiennent pas uniquement par des lois ou des principes abstraits ; elles reposent aussi sur des rites, des repères, un calendrier partagé. La France est tout à la fois fille de l’Église et terre de la République. Les deux ne s’opposent pas : l’une a façonné les formes, l’autre en a garanti la liberté. Affaiblir l’une au nom de l’autre, c’est fragiliser l’ensemble. Et laisser croire que l’on combat la haine en se rendant culturellement invisible est sans doute l’une des illusions les plus coûteuses de notre temps.



Choisir la question plutôt que la clameur


Dans la succession rapide des drames, l’indignation devient un réflexe sans effet. Elle passe, comme l’actualité qu’elle accompagne. Comprendre pourquoi la violence vise les fêtes oblige à déplacer le regard : ce qui est attaqué n’est pas seulement une communauté, mais sa capacité à durer, à transmettre, à marquer le temps. Affirmer une mémoire, maintenir un calendrier, continuer à célébrer n’est ni une provocation ni un repli ; c’est une manière concrète de refuser que l’instant violent décide seul du sens. Là où la haine cherche l’effacement immédiat, la fête oppose une chronologie. Et c’est sur ce terrain-là, discret et lent, que se joue l’essentiel. Pour nous, de Clovis à Jaurès. Pour nos amis juifs, de Moïse aux Lumières.

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