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Frison Gaspier
Jamais, en plus d’un siècle d’histoire, les Championnats du monde de cyclisme sur route n’avaient franchi la Méditerranée. Du 21 au 28 septembre 2025, Kigali accueille pour la première fois l’événement phare de l’Union cycliste internationale (UCI). Une grande première pour l’Afrique, qui suscite à la fois fascination et inquiétude.
Les peurs d’abord
Dès l’annonce de l’attribution au Rwanda, les critiques ont fleuri. Sécurité ? Le pays partage une frontière fragile avec la République démocratique du Congo, théâtre de tensions récurrentes. Certains ont évoqué le spectre d’incidents possibles. Climat ? On redoutait une humidité tropicale, synonyme d’épreuves irrespirables. Hygiène et hébergements ? Des voix sceptiques ont insinué que Kigali ne pouvait pas accueillir dignement des centaines de coureurs, staffs et journalistes. Santé ? Vaccins, paludisme, prophylaxies, tout un imaginaire sanitaire a ressurgi. Altitude ? À 1 500 mètres d’altitude, la capitale rwandaise fait planer une incertitude physiologique. Enfin, des ONG et opposants au régime ont dénoncé une opération de “sportswashing”, accusant le pays de polir son image grâce au prestige sportif.
Les vérifications qui rassurent
La plupart de ces rumeurs s’effritent au contact des faits. Kigali est à plus de trois heures de route des zones frontalières sensibles ; le Tour du Rwanda s’y est tenu sans incident. Côté climat, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en septembre, l’humidité moyenne est de 68 %, soit moins qu’à Zurich (81 %) ou Louvain (82 %) lors des deux Mondiaux précédents. Quant aux hébergements, Kigali dispose de nombreux hôtels quatre et cinq étoiles, lodges modernes et infrastructures récentes foisonnent. Le vaccin contre la fièvre jaune n’est obligatoire que pour les voyageurs en provenance de zones endémiques, ce qui exclut les Européens. Reste le paludisme, pour lequel la prophylaxie est connue et maîtrisée.
Un défi sportif hors norme
Au-delà des fantasmes, le terrain lui-même promet un spectacle inédit. La course élite hommes offrira 267 km pour près de 5 500 mètres de dénivelé positif : un Everest à vélo. L’altitude, sans être extrême, ajoutera une contrainte subtile. Pour la première fois, une course autonome U23 féminine sera disputée, signe de la modernisation progressive du cyclisme mondial. Autre nouveauté : chaque coureur sera équipé d’un traceur GPS SafeR sous la selle, afin de localiser immédiatement tout accident ou malaise, une réponse directe à un drame récent où une coureuse n’avait pas été retrouvée assez vite.
L’Afrique qui accueille le monde
Cette édition sera plus qu’une compétition : un symbole. Pendant une semaine, l’Afrique cessera d’être spectatrice pour devenir scène. Ce ne sont plus les équipes européennes “en mission exotique”, mais bien le monde entier qui se déplace vers Kigali. Pour les jeunes cyclistes africains, voir passer le maillot arc-en-ciel sur leurs routes pourrait être une révélation. Pour les nations riches, c’est une invitation à partager l’universalité d’un sport qui prétend à la mondialisation depuis longtemps mais qui, dans les faits, restait souvent prisonnier de ses bastions.
Le programme…
Les Mondiaux s’ouvrent ce dimanche avec les contre-la-montre élites, féminin le matin puis masculin l’après-midi, retransmis sur France 3. C’est l’échauffement avant le grand week-end prochain, quand les courses en ligne - femmes samedi, hommes dimanche - feront vibrer Kigali et la planète cyclisme.
Une inquiétude qui se mue en impatience
Oui, des réserves subsistent. Oui, le Rwanda n’est pas Zurich ni Copenhague. Mais n’est-ce pas le propre des grandes premières de susciter la méfiance avant de déclencher l’émerveillement ? L’image du peloton lancé dans les collines de Kigali, les spectateurs rwandais massés sur les bas-côtés, les maillots bariolés serpentant entre lacs et vallons, pourrait marquer l’histoire. Comme souvent dans le sport, la vérité se jouera sur l’asphalte : entre sueur, effort et ferveur populaire.
Une grande première qui inquiète, mais qui surtout ouvre. Ouvre l’horizon d’un cyclisme enfin universel, où chaque continent devient terre de maillot arc-en-ciel. Notre jeunesse gagnerait à s’enthousiasmer pour ce que cela représente, l’espoir d’un monde partagé, plutôt que de céder à la mode stérile et manichéenne des boycotts et des censures.
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