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Une négociation se juge à la fin, pas sur les plateaux télé

Nicolas Guerté

Un article de

Hier, TSVmag s'interrogeait sur l'écart grandissant entre les commentaires suscités par Donald Trump et les résultats effectivement obtenus par sa politique économique. L'approbation définitive de l'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis apporte aujourd'hui un prolongement saisissant à cette réflexion. Car une négociation ne se juge jamais lorsqu'elle fait la une des plateaux de télévision. Elle se juge lorsque les signatures sont apposées au bas d'un texte qui engage des centaines de millions de citoyens.

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Nicolas Guerté
Le vacarme avant le silence

Pendant des mois, la stratégie commerciale de Donald Trump a été décrite comme une impasse. L'annonce de droits de douane pouvant atteindre 30 % sur les importations européennes fut dénoncée comme une provocation vouée à l'échec. Bruxelles promettait une réponse ferme, préparait des contre-mesures et rappelait son attachement au libre-échange. Les commentaires se concentraient sur le personnage, son style, ses outrances et ses menaces. Dans le même temps, les dirigeants européens continuaient pourtant de négocier avec Washington afin d'éviter une escalade commerciale dont personne ne voulait réellement. Quelques jours avant l'approbation définitive de l'accord, Emmanuel Macron évoquait même un « moment de reconvergence » entre l'Europe et les États-Unis. Le mot est intéressant. Il traduit un effort de mise en récit politique qui masque difficilement une négociation menée dans un rapport de force largement favorable à Washington.

Lorsqu'une négociation aboutit, chacun cherche naturellement à présenter le compromis comme un choix plutôt que comme une contrainte. Raymond Aron résumait cette mécanique avec davantage de sobriété : « Les nations n'ont pas d'amis ; elles n'ont que des intérêts. »



Puis arrive le texte

Le 25 juin, le Conseil de l'Union européenne a définitivement validé l'accord négocié par la Commission européenne avec Washington. Celle-ci agissait au nom des États membres afin d'éviter une escalade commerciale dont les conséquences auraient été considérables pour l'industrie européenne. Le compromis prévoit notamment le maintien d'un droit de douane américain de 15 % sur une grande partie des exportations européennes, notamment dans les secteurs de l'automobile, de la pharmacie, des semi-conducteurs ou encore du bois. En contrepartie, l'Union européenne supprime la quasi-totalité de ses propres droits de douane sur de nombreux produits industriels et agricoles américains. Bruxelles souligne également l'obtention de clauses de sauvegarde et d'un mécanisme de réexamen destiné à éviter toute dérive future. Il ne s'agit donc pas d'une capitulation mais bien d'une reculade et non du statu quo que beaucoup imaginaient encore il y a quelques mois.



Les faits résistent mieux que les commentaires


C'est ici que le débat retrouve toute sa simplicité. En maintenant des droits de douane américains de 15 % sur une grande partie des produits européens, alors qu'ils étaient auparavant nettement plus faibles ou inexistants selon les secteurs, l'administration Trump obtient objectivement une concession commerciale que l'Union européenne refusait initialement. Sur ce point précis, la stratégie de négociation américaine a atteint l'un de ses objectifs. Cela ne signifie pas que Washington obtient tout ce qu'il souhaitait. L'Europe conserve plusieurs garde-fous, évite les surtaxes de 30 % qui avaient été brandies au cours des discussions et sécurise un cadre commercial devenu extrêmement incertain. Mais entre la situation d'avant et celle d'aujourd'hui, le rapport de force commercial s'est incontestablement déplacé. Reconnaître ce constat ne revient pas à approuver Donald Trump. C'est simplement prendre acte du résultat d'une négociation.



Une étrange disparition

L'épisode révèle surtout une faiblesse de nos experts...

Chaque déclaration du président américain a suscité d'innombrables débats, analyses et éditoriaux. Pourtant, lorsque le texte définitif est adopté, lorsque les taux de droits de douane deviennent mesurables et que les concessions consenties peuvent enfin être comparées aux positions initiales, le bruit médiatique s'estompe brusquement. Comme si l'annonce intéressait davantage que son issue. Comme si le récit comptait davantage que le document signé. Or le commerce international ne se nourrit pas de commentaires mais de textes juridiques, de pourcentages, de calendriers et de milliards d'euros d'échanges.



Le réel demande toujours des comptes


L'économie possède une qualité que le débat public oublie : elle finit toujours par produire un résultat vérifiable. Les opinions peuvent diverger sur Donald Trump, sur sa personnalité ou sur sa vision du monde. Elles divergeront encore longtemps. Mais le contenu d'un accord commercial, lui, ne relève pas de l'opinion. Il peut être lu, comparé et analysé. Les démocraties ont besoin de journalistes capables de dénoncer un échec lorsque les faits le justifient. Elles ont tout autant besoin de reconnaître lorsqu'une stratégie, aussi contestée soit-elle, produit une partie des effets recherchés. Le rôle du journalisme n'est pas d'aimer ou de détester les négociateurs. Il est de confronter les promesses, les positions de départ et les textes finalement signés. Une négociation internationale se juge toujours à la fin, jamais sur les plateaux télé. Parce qu'à la fin, ce ne sont ni les éditorialistes, ni les réseaux sociaux, ni les sondages qui écrivent l'histoire. Ce sont les signatures.

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