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Campi Flegrei : les scientifiques surveillent-ils le volcan le plus inquiétant d'Europe ?

Frison Gaspier

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Les secousses ressenties ces derniers jours autour de Naples rappellent que sous les quartiers de Pozzuoli et de la baie napolitaine sommeille l'un des systèmes volcaniques les plus surveillés au monde. Les Campi Flegrei ne sont pas seulement un paysage spectaculaire. Ils sont aussi un laboratoire à ciel ouvert où la science mesure chaque respiration de la Terre, sans jamais pouvoir promettre qu'elle saura annoncer le moment où elle parlera vraiment.

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Frison Gaspier

À première vue, rien ne distingue vraiment les Campi Flegrei d'une vaste banlieue méditerranéenne. Ici, il n'existe ni cône majestueux ni sommet enneigé comme sur les cartes postales. Le volcan est invisible parce qu'il est partout. Il s'agit d'une immense caldeira d'une douzaine de kilomètres de diamètre, née d'éruptions gigantesques il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Plus de 500 000 habitants vivent aujourd'hui dans la zone la plus exposée, tandis que l'agglomération de Naples rassemble près de trois millions de personnes à proximité immédiate. Depuis plusieurs années, le sol se soulève lentement sous l'effet du bradyséisme. Les secousses se multiplient, parfois ressenties jusque dans les quartiers napolitains. Pour les habitants, cette activité est devenue une inquiétante routine. Pour les scientifiques, elle constitue un immense dossier ouvert en permanence.



Une montagne de données face à une seule question

Jamais un volcan n'a probablement été observé avec autant de précision. Des centaines de sismomètres enregistrent les moindres vibrations. Les satellites InSAR détectent des déformations du terrain de quelques millimètres seulement. Les stations GPS suivent en continu le soulèvement du sol. Les chimistes analysent la composition des gaz qui s'échappent des fumerolles, notamment le dioxyde de carbone et le dioxyde de soufre. Les températures sont surveillées, tout comme la gravité locale ou la circulation des fluides souterrains. Désormais, l'intelligence artificielle participe également au traitement de ces masses considérables de données afin de détecter des évolutions imperceptibles à l'œil humain. Pourtant, malgré cette sophistication technologique, la question essentielle demeure inchangée : le magma finira-t-il par atteindre la surface ? Oui, c'est certain... mais quand ?



Observer n'est pas prédire

La frontière est là. Les volcanologues savent mesurer, comparer, modéliser et interpréter. Ils peuvent constater que le sol monte plus vite, que les gaz évoluent ou que les essaims sismiques deviennent plus fréquents. Ils savent également établir des niveaux d'alerte et recommander des mesures de protection civile. En revanche, ils ne peuvent toujours pas annoncer une date avec certitude. Une remontée de magma peut s'interrompre. Une pression peut se relâcher sans provoquer d'éruption. Les Campi Flegrei ont déjà connu plusieurs crises importantes depuis les années 1970 sans déboucher sur un scénario catastrophique. Toute la difficulté consiste précisément à distinguer un épisode de tension d'un véritable point de bascule.



Si le pire devait arriver

Les autorités italiennes disposent d'un plan d'évacuation régulièrement mis à jour. Les communes les plus exposées sont cartographiées, les itinéraires préparés, les exercices répétés. Le scénario le plus probable, s'il devait survenir un jour, resterait celui d'une éruption localisée aux conséquences essentiellement régionales. L'hypothèse d'une gigantesque éruption comparable aux événements préhistoriques demeure présente dans les modèles géologiques, mais les volcanologues la jugent aujourd'hui extrêmement improbable à court terme. Leur métier n'est pas de nourrir les peurs, mais de mesurer les faits. La catastrophe fait souvent de bons titres ; elle ne constitue jamais une méthode scientifique. Entre le silence rassurant et l'alarmisme, ils occupent l'espace plus inconfortable de l'incertitude.

Si un tel phénomène devait pourtant se produire, ses effets dépasseraient largement l'Italie : trafic aérien paralysé pendant des semaines, retombées de cendres sur une partie de l'Europe, perturbations agricoles et possible refroidissement climatique temporaire si d'importantes quantités de soufre atteignaient la haute atmosphère, comme après l'éruption du Tambora en 1815 qui provoqua la célèbre « année sans été ».



L'humilité comme ultime certitude


Nous savons mesurer un déplacement du sol de quelques millimètres depuis l'espace. Nous accumulons des milliards de données, perfectionnons nos modèles et faisons dialoguer satellites, capteurs et intelligence artificielle. Pourtant, face aux profondeurs de la Terre, une part essentielle demeure irréductible. Les scientifiques savent aujourd'hui beaucoup plus qu'hier. Ils savent surtout jusqu'où va leur savoir... et où commence encore l'incertitude. Les Campi Flegrei démontrent que si la technologie éclaire le risque, elle n'abolit jamais complètement le mystère.

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