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Marine Tondelier vient d’être désignée candidate des écologistes pour 2027. Une annonce précoce qui interroge. Représenter l’écologie en France, depuis René Dumont jusqu’à aujourd’hui, a toujours relevé d’un exercice paradoxal : un courant puissant dans la société, mais incapable de se stabiliser politiquement. Ce long couloir présidentiel peut-il renforcer un courant politique réputé fragile, ou au contraire révéler ses failles internes ?
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Quentin Règles
Les origines : un prophète en pull rouge
Tout commence en 1974. René Dumont, agronome visionnaire, débarque sur les écrans, pull rouge, verre d’eau à la main. Son diagnostic – la planète s’épuise, les ressources ne sont pas infinies – sonne comme une sirène d’alerte dans une campagne encore tournée vers la croissance. À peine 1,3 % des voix, mais un choc culturel durable. L’écologie entre dans le débat national par effraction, comme une conscience, pas comme une ambition de pouvoir.
La naissance d’un parti ingouvernable
Lorsque Les Verts se structurent au début des années 1980, ils héritent d’un ADN atypique : une mosaïque de militants anti-nucléaires, d’autogestionnaires, de régionalistes, d’altermondialistes, de féministes, de décroissants, de pragmatiques pro-transition technologique… Le parti n’est pas un bloc : c’est une nébuleuse. Chaque congrès devient un champ de bataille idéologique. Chaque synthèse ressemble à une trêve. Et chaque candidat à la présidentielle doit faire tenir ensemble ceux qui veulent sauver la planète et ceux qui veulent refonder la société entière.
Dominique Voynet, pionnière difficile
En 1995, Dominique Voynet incarne la première figure réellement présidentielle du mouvement. Discours structuré, stature nationale… mais combats internes omniprésents. Sa défiance vis-à-vis du nucléaire, véritable pilier identitaire du parti, alimente autant les impasses stratégiques que les querelles internes. Dix ans plus tard, revenue en 2007 dans un parti fracturé, elle s’effondre à 1,5 %. Voynet aura cristallisé l’un des dilemmes centraux : peut-on défendre une écologie institutionnelle sans se couper de ses courants protestataires ?
Noël Mamère et l’illusion de l’unité
En 2002, Noël Mamère réalise le meilleur score jamais atteint par un candidat écologiste : 5,25 %. Le résultat étonne, mais ne transforme rien. Mamère séduit le pays, moins son parti. Derrière les micros, l’unité se fissure déjà : tensions stratégiques, querelles d’ego, divergences sur l’Europe et sur le rapport à la gauche. Comme si les Verts étaient condamnés à réussir individuellement et à échouer collectivement.
Nicolas Hulot, l’homme providentiel manqué
L’un des grands rendez-vous ratés de l’écologie politique porte un nom : Nicolas Hulot. Populaire, transversal, solide, il représente au milieu des années 2000 l’espoir d’une candidature écologiste capable d’incarner un récit national. Les partis traditionnels s’arrachent sa caution. Les Verts, eux, hésitent, s’inquiètent, le discutent. Hulot ne se lancera qu’à moitié, se retirera trop tôt, et son passage au gouvernement Macron achèvera de le transformer en symbole d’une impasse : trop grand pour un parti, trop seul pour gouverner. La figure la plus consensuelle de l’écologie française n’aura jamais porté ses couleurs. Et son image, longtemps intacte, a été lourdement ternie lorsque des accusations d’agressions sexuelles, dévoilées tardivement, ont éclaté dans la presse.
Eva Joly et la crise de légitimité
En 2012, Eva Joly incarne l’éthique, la probité, la rigueur judiciaire. Mais EELV lui reproche rapidement… d’être trop rigoureuse, trop extérieure, trop indépendante. Sa campagne devient un cas d’école : quand un parti demande l’intégrité mais redoute l’incorruptible. Eva Joly incarne aussi une forme d’intransigeance morale, presque ascétique, qui fascine autant qu’elle déroute. Pour certains, cette exigence confine à un intégrisme déconnecté des réalités politiques françaises, comme si la vertu pouvait tenir lieu de stratégie. À peine 2,3 %. Les fractures internes éclatent : sur le nucléaire, l’Europe, l’atome, l’économie… Rien n’est simple, rien n’est stable.
Jadot, la NUPES et la dilution
Les années 2017–2022 voient émerger une écologie absorbée par d’autres forces. Face à Mélenchon, l’espace politique se réduit. L’accord NUPES dilue l’écologie dans la gauche large. Jadot, malgré une stature construite, n’imprime pas. Il adopte, sur la guerre en Ukraine, une tonalité que certains dans son parti ont jugée trop alignée, voire excessive, révélant une nouvelle ligne de fracture au sein du mouvement. L’électorat vert existe, mais l’identité politique se dissout.
Marine Tondelier : une candidate pour remettre de l’ordre
Marine Tondelier, élue à la tête d’EELV en 2022, a relevé ce que beaucoup jugeaient impossible : discipliner un parti habitué à se scinder. Elle impose un cap, un ton, une ligne plus lisible. En remportant la primaire, elle devient candidate d’un mouvement qui rêve de maturité. Mais le défi est immense : représenter une écologie qui, depuis cinquante ans, refuse instinctivement la verticalité qu’exige l’élection présidentielle.
La théorie de la pastèque et l’éternelle suspicion
Jean-Marie Le Pen, dans un slogan devenu célèbre, qualifia un jour les écologistes de “pastèques” : verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur. Formellement provocatrice, la formule a prospéré parce qu’elle décrit une tension réelle : l’écologie politique française n’a jamais totalement choisi entre projet environnemental et projet social-radical. Le parti, lui, reste souvent incapable de trancher ses propres contradictions, oscillant entre l’expertise climatique et la lutte idéologique.
Une écologie partout… sauf dans le parti
Ironie de l’époque : l’écologie a gagné partout. Dans l’industrie, l’agriculture, l’école, les villes, les médias, les entreprises, les comportements. La conscience écologique est devenue majoritaire. Les Verts, eux, restent minoritaires. La société a intégré ce que le parti n’a jamais réussi à stabiliser : un récit, un cap, une confiance. L’écologie a-t-elle encore besoin d’un parti pour exister ?
Si l’écologie progresse sans les écologistes, c’est peut-être parce que la fabrique des normes - à Bruxelles, dans les agences, dans les lobbys industriels comme environnementaux - pèse aujourd’hui plus lourd que les votes. L’essentiel se décide ailleurs, et le parti se retrouve spectateur d’une transition qu’il a lui-même inspirée.
2027, l’examen de maturité
C’est l’équation que Marine Tondelier devra affronter : clarifier l’écologie, la rendre populaire sans la simplifier, réconcilier l’alerte scientifique et l’assurance politique, parler aux classes populaires et rurales autant qu’aux centres urbains. Une candidature écologiste pourrait enfin s’imposer le jour où elle cessera d’être une addition de sensibilités pour devenir un récit collectif. Mais... les Verts seront-ils un jour vraiment mûrs ?
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Les chemins que l’écologie n’a pas pris… et ceux qu’elle a mal pris
Depuis cinquante ans, l’écologie politique avance entre intuitions justes, dogmes rigides et virages manqués. Si ses idées triomphent aujourd’hui dans la société, c’est peut-être parce que les partis qui les portaient n’ont jamais su choisir leurs batailles ni leurs alliés. Voici ce que l’écologie aurait pu devenir… et ce qu’elle est devenue.
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