top of page

🎯 Un autre journalisme est possible 👁️ TSVmag, un média libre, indépendant et participatif 💡 Parce que la vérité ne vous fait pas peur 🧠 Et que penser, c’est déjà agir ! ✍️ Abonnez-vous

NeuroNews

Partager NeuroNews 👉

Président, nous voilà !

Quentin Règles

Un article de

Le 27 novembre dernier, Emmanuel Macron a convoqué la presse pour annoncer ce qu’il présente comme un « grand retour » du service militaire : dix mois, sur la base du volontariat, pour « refonder la cohésion nationale ». L’effet est spectaculaire, la formule habile, la mise en scène soignée. Mais dès qu’on examine les chiffres, l’histoire et les réalités stratégiques du pays, tout s’écroule. Derrière l’annonce, il ne reste qu’un dispositif microscopique, inutile pour la défense, inefficace pour le brassage social et parfaitement inadapté au monde technologique dans lequel l’armée française évolue. Retour sur ce que Jacques Chirac avait réellement fait, et sur ce que le président tente aujourd’hui d’habiller en résurrection républicaine.

Vos articles Favoris

à retrouver dans votre cockpit

DALL·E 2025-03-11 18.48.13 - A futuristic treasure chest glowing with a soft golden light,
ChatGPT Image 27 mars 2025 à 16_27_33.png

...

🎲 À lire aussi (au hasard)
Quentin Règles
Le retour qui n’en est pas un


Emmanuel Macron promet de « rétablir » un service militaire de dix mois, sur la base du volontariat. Une annonce qui claque comme un coup de clairon, mais qui ne repose que sur un chiffre : 3 000 jeunes concernés. Une classe d’âge en France, c’est environ 770 000 personnes. Même porté à 30 000 dans dix ans, ce programme ne toucherait que quelques pourcents d’une génération. Autant dire qu’on ne « recrée » rien, ni cohésion, ni brassage, ni esprit national. On organise une opération symbolique de petite ampleur, calibrée pour les caméras.



Ce que Chirac a réellement décidé


Il faut revenir aux faits, car l’histoire récente souffre parfois de réécritures commodes. Jacques Chirac n’a pas « supprimé » le service militaire, il l’a suspendu. Et il ne l’a pas fait par idéologie. Il l’a fait à la demande des chefs militaires, qui jugeaient que la conscription n’avait plus aucune utilité stratégique. Le président l’avait rappelé en 1996 : « Notre armée doit désormais être professionnelle, réactive, mobile et techniquement compétente. »


Contrairement à ce que certains imaginent aujourd’hui, Chirac n’avait rien d’un théoricien déconnecté lorsqu’il prit cette décision. Élève officier de réserve, formé à Coëtquidan, sous-lieutenant au 11ᵉ régiment d’infanterie, il avait servi en Algérie et conservé un lien profond avec l’institution militaire. Il savait ce qu’était une armée, ce qu’était un soldat, et pourquoi la professionnalisation s’imposait. Ce choix n’était pas un reniement du passé, mais une conclusion militaire... partagée par l’état-major de l’époque.


Dans les années 1990, l’armée française intervenait en Bosnie, au Rwanda ou au Moyen-Orient. Les opérations extérieures exigeaient des soldats formés, disponibles, capables de manier un matériel complexe. La défense moderne n’avait plus besoin de masse, mais de qualification. Et comme le notait le futur chef d’état-major Jean-Pierre Kelche : « La défense moderne repose sur la maîtrise technologique, non sur la masse humaine. »

Le service militaire ne correspondait plus au monde réel. Chirac a suivi le sens de l’histoire, pas l’inverse.



Le mythe du brassage


On avance souvent que la conscription favorisait le brassage social. C’est en partie vrai, mais en partie seulement : dans les dernières années, plus de 30 % d’une classe d’âge étaient exemptés. Les étudiants, les inaptes, les fils de bonne famille parfois… Le brassage n’était déjà plus universel.


Et ce que propose Emmanuel Macron aujourd’hui est encore plus éloigné de cette ambition. Le volontariat attire ceux qui sont déjà volontaires. « Le volontariat ne crée pas de cohésion nationale, il renforce l’engagement de ceux qui sont déjà engagés », rappelait le général Dominique Trinquand.


Quant à l’idée, qui séduit ceux que Luc Ferry appelle « la droite camembert » - cette droite qui rêve d’un retour aux rites de l’ancien monde sans jamais regarder ce que sont réellement les jeunes d’aujourd’hui - que ce service pourrait « remettre de la discipline » là où l’école ou les familles auraient échoué, elle repose sur un contresens total. Les dealers qui tiennent les pieds d’immeuble ne s’inscriront pas d’eux-mêmes à un service volontaire. Les jeunes les plus en difficulté, les plus décrocheurs, les plus éloignés des institutions ne verront jamais la couleur de cette caserne d’opérette. La pédagogie ne commence pas par un formulaire d’inscription.



Une armée qui n’a plus besoin de conscrits


Le discours officiel prétend renforcer l’esprit de défense. Pourtant la Revue nationale stratégique de 2022 est limpide : « La supériorité décisionnelle repose sur la technologie, la donnée et l’interopérabilité. » Les conflits contemporains se jouent sur les drones, la cyberdéfense, le renseignement, l’automatisation - et demain, sur des systèmes robotisés.


Ce n’est pas seulement l’aviation ou le renseignement qui évoluent : même l’infanterie est en train de basculer vers des unités hybrides, appuyées par des robots terrestres, des mules autonomes, des capteurs embarqués, des exosquelettes et des véhicules téléopérés. L’objectif est clair : réduire l’exposition humaine, éviter des pertes inutiles et sortir définitivement de la logique de chair à canon qui a marqué une partie du XXᵉ siècle.


Il n’y a guère que ceux, qui n'ont jamais fait la guerre, qui rêvent encore d’un imaginaire militaire d’avant-guerre - ou qui souhaitent résoudre des problèmes sociaux en « envoyant des gars » plutôt que d’affronter les causes - pour imaginer que l’armée du futur ressemblerait à celle du passé. Les états-majors, eux, ne s’y trompent pas : la victoire dépendra de la technicité, pas de la masse.



Une mise en scène avant tout


Ce n’est pas la première fois que le président met en scène une proximité avec la jeunesse. On se souvient de la soirée de réélection de 2022, entouré de familles et d’adolescents dans une scénographie dont même certains soutiens avaient reconnu le malaise. La rhétorique est la même aujourd’hui : montrer des jeunes, affirmer qu’on les « mobilise », donner l’image d’un peuple en marche.


Mais l’image n’est pas une politique publique. « Un service militaire n’est pas une photo avec des jeunes », rappelait le député Jean-Louis Thiériot. « C’est une vision, des moyens et une cohérence stratégique. »

Ici, il n’y a ni vision ni cohérence. Il n’y a qu’une poignée de volontaires et un discours héroïsé destiné aux plateaux de télévision.



Le sens de l’histoire, le vrai


Les armées du futur seront des armées de spécialistes, d’ingénieurs, de pilotes de drones, d’analystes en cybersécurité. Cette transformation n’a rien de surprenant : elle s’inscrit dans une longue histoire de révolutions militaires que certains voient venir bien avant les autres. Qui ne se souvient pas de l’intuition du général de Gaulle, dès 1934, lorsqu’il publie Vers l’armée de métier et défend l’idée qu’une force mécanique supérieure - les blindés  va bouleverser les doctrines traditionnelles ?

Il prêchait alors dans le désert. Pourtant, l’avenir lui a donné raison : l’armée française, trop attachée aux schémas du passé, paiera cher son retard lors de la campagne de 1940.


Aujourd’hui, la rupture est du même ordre. La puissance militaire repose sur les systèmes autonomes, la robotisation du champ de bataille, la maîtrise de l’information et la supériorité technologique. L’objectif est clair : réduire l’exposition humaine et sortir des logiques sacrificielles. Imaginer qu’un service militaire à l’ancienne, même volontaire, pourrait se glisser dans cet univers relève d’un anachronisme confondant : une manière d’oublier que la guerre moderne n’a plus rien à voir avec celle que fantasment certains, et que les armées n’ont aucun besoin de « remettre des gars » dans des missions où l’homme est justement protégé par la machine.



Une conclusion qui fâche


Derrière l’emphase, il reste un chiffre : 3 000. On n’éduque pas une nation avec 3 000 volontaires. On ne recrée pas de cohésion avec un dispositif aussi confidentiel. On ne prépare pas l’armée du futur avec un rituel du passé. Et on ne corrige pas la crise de l’autorité en proposant un stage militaire à ceux qui ne poseront jamais candidature.


La suspension de 1996 n’était pas une erreur : elle était lucide. Ce qui l’est moins, aujourd’hui, c’est de faire croire qu’on peut ressusciter une époque en la miniaturisant. Ce projet ne créera rien. Tout au plus laissera-t-il l’impression d’un décor, d’un simulacre, d’un lointain souvenir d’un autre âge : celui où un maréchal, persuadé de rejouer la grande pédagogie nationale, faisait sauter des têtes blondes sur ses genoux pour l’image... et pour une certaine idée, dévoyée, de la République. On connaît la suite : la mise en scène n’a jamais fait la cohésion, et le folklore n’a jamais tenu lieu de politique publique.


Commentaires

Partagez vos idéesSoyez le premier à rédiger un commentaire.
Partager cette réflexion
Fleche.png

🧠 Offrez-vous un cerveau plus brillant ✨ La carte cadeau TSVmag vous attend  👉 

Pour aller plus loin dans cette réflexion 🧠 le Bonus réservé à nos abonnés

Vous faites vivre ce média, la suite vous est réservée...

3 000 au front : chronique d’une illusion républicaine

3 000 au front : chronique d’une illusion républicaine

Ils sont 3 000. Volontaires, motivés, sincères. Formés en quelques semaines au secourisme, au tir au pistolet et à quelques ateliers de “cohésion”. Puis, un jour, projetés dans le réel : celui d’un conflit moderne où tout se joue à distance, en code, en drones, en décisions qui dépassent le courage. Voici ce que deviendrait, dans un futur très proche, le « service militaire rénové » lorsqu’il se trouve face à la guerre telle qu’elle est. Pas celle des pupitres.

✨ Ce bonus exclusif est disponible pour les abonnés de la NeuroSphère.

🧠 12 € par an - Ce n’est pas un abonnement... C’est un acte de soutien !

bottom of page