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Quand la voiture paiera pour ses propres erreurs

Aldrine Autrumay

Un article de

BYD affirme désormais qu'il prendra à sa charge certains dommages survenus lorsque ses systèmes avancés d'assistance à la conduite sont activés. L'annonce concerne aujourd'hui le marché chinois, mais elle soulève une interrogation qui intéresse déjà constructeurs, assureurs et régulateurs : dans une voiture capable de freiner, accélérer, changer de voie et interpréter son environnement, où s'arrête la responsabilité du conducteur et où commence celle du logiciel ?

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Aldrine Autrumay
Une annonce discrète aux conséquences considérables

L'information n'a pas occupé les unes des journaux européens. Pourtant, dans l'industrie automobile, elle a immédiatement retenu l'attention. BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques en volume, a annoncé qu'il indemniserait directement certains dommages résultant de l'utilisation de ses systèmes avancés d'assistance à la conduite. Le constructeur chinois ne parle pas encore de conduite autonome au sens strict du terme. Les conducteurs restent légalement responsables de leur véhicule. Mais le simple fait qu'un fabricant accepte de prendre en charge financièrement une partie des conséquences d'un incident constitue déjà une évolution majeure. Jusqu'à présent, les constructeurs mettaient en avant les performances de leurs technologies. Désormais, certains commencent à engager leur propre responsabilité économique derrière leurs algorithmes.



La frontière devient difficile à tracer

Sur les modèles les plus récents, la conduite est déjà partiellement partagée entre l'homme et la machine. Maintien dans la voie, régulation automatique de la vitesse, adaptation aux limitations, freinage d'urgence, surveillance des angles morts, détection des piétons ou gestion des embouteillages : plusieurs dizaines de fonctions peuvent intervenir simultanément au cours d'un trajet. Dans certaines situations autoroutières, le conducteur passe davantage de temps à surveiller le système qu'à conduire réellement. Cette évolution crée une zone juridique complexe. Lorsqu'un logiciel décide de ralentir, de contourner un obstacle ou d'engager un changement de trajectoire, l'action est techniquement réalisée par le véhicule mais juridiquement attribuée au conducteur. Ce partage des rôles devient de plus en plus difficile à expliquer à mesure que les capacités des systèmes progressent.



Une industrie alimentée par des milliards de kilomètres


La puissance de ces technologies repose avant tout sur les données. Tesla revendique depuis plusieurs années plusieurs milliards de kilomètres parcourus avec ses systèmes d'assistance. Les constructeurs chinois suivent désormais la même stratégie. Chaque trajet effectué par une voiture équipée devient une source d'information permettant d'améliorer les algorithmes. Situations météorologiques, marquages au sol, comportements imprévisibles des autres usagers, obstacles temporaires ou accidents sont analysés afin d'entraîner les systèmes de reconnaissance. La masse d'informations collectées atteint désormais une échelle industrielle. Les progrès observés ne résultent plus uniquement des avancées de l'informatique embarquée mais également de cette accumulation continue d'expériences réelles.



L'assurance face à un changement de modèle


Pour le secteur de l'assurance automobile, l'enjeu dépasse largement la question technologique. Depuis des décennies, les primes sont calculées à partir de caractéristiques humaines : âge, expérience, antécédents de conduite ou localisation géographique. L'arrivée progressive de véhicules capables de prendre eux-mêmes certaines décisions modifie cette logique. Une partie du risque pourrait demain dépendre davantage de la qualité d'un logiciel que du comportement du propriétaire du véhicule. Les assureurs suivent donc avec attention les expérimentations menées en Chine, aux États-Unis ou en Allemagne. Le marché mondial de l'assurance automobile représente plusieurs centaines de milliards d'euros chaque année. Toute modification de la répartition des responsabilités pourrait entraîner des conséquences financières considérables.



La Chine avance, les régulateurs suivent


L'offensive de BYD s'inscrit dans une nouvelle stratégie. Pékin considère désormais l'intelligence artificielle embarquée comme un secteur industriel prioritaire. Les constructeurs chinois investissent massivement dans les capteurs, les semi-conducteurs spécialisés et les logiciels de conduite automatisée. Cette accélération s'accompagne toutefois d'une surveillance réglementaire croissante. Plusieurs accidents médiatisés ont conduit les autorités chinoises à renforcer les exigences de sécurité et à encadrer davantage les promesses commerciales des constructeurs. Le débat ne porte plus uniquement sur les performances des systèmes mais également sur leur responsabilité en cas d'échec. Les autorités cherchent désormais à éviter que les consommateurs confondent assistance à la conduite et autonomie complète.



Un débat qui dépasse l'automobile

La question soulevée par BYD ne concerne pas uniquement les voitures. Elle apparaît déjà dans d'autres secteurs où les décisions sont progressivement confiées à des systèmes automatisés : santé, finance, logistique ou industrie. Lorsqu'un algorithme recommande une action, l'exécute et produit un résultat indésirable, l'identification du responsable devient plus complexe. L'automobile offre simplement le premier terrain d'expérimentation à grande échelle parce que les conséquences y sont immédiatement visibles, parfois matérielles, parfois humaines.



Le coût réel de l'intelligence artificielle

Pendant plusieurs années, le débat autour de la voiture autonome s'est concentré sur les performances techniques : nombre de capteurs, puissance de calcul, qualité des cartes ou précision des logiciels. L'annonce de BYD déplace le centre de gravité du sujet. Une technologie devient véritablement mature lorsqu'un acteur accepte d'en assumer financièrement les conséquences. Lorsqu'une machine prend une décision à notre place, qui signe le chèque en cas d'erreur ? C'est probablement autour de cette question que se jouera une partie de la prochaine bataille mondiale de l'automobile.

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Commentaires (1)

serge2983
-4 j

On ne peut que féliciter BYD pour cette évolution majeure en matière de sécurité !

Cette garantie ne s'appliquera jamais au "franchouillard" moyen qui à peine entré dans la voiture effectue sa check list de déconnection des principales aides à la conduite !

L'IA embarquée pourra par contre dans l'avenir prévenir les organismes de sécurité routière sur l'état catastrophique du réseau routier, nids de poule et lignes blanches incompatibles avec la conduite semi-autonome !

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