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Qui s’intéresse encore au Dakar ?

Frison Gaspier

Un article de

Le Rallye Dakar s’est élancé hier de Yanbu, sur les rives de la mer Rouge, pour rallier Shubaytah, aux confins du Rub al-Khali, ce « quart vide » saoudien que l’on présente comme le désert absolu. Des milliers de kilomètres de sable, de roches, de pistes minérales. Une organisation millimétrée, des images spectaculaires, une démesure intacte. Et pourtant, une sensation étrange domine : celle d’un événement qui se déroule à côté du monde, loin des regards, presque en apesanteur culturelle. Le Dakar démarre, comme chaque mois de janvier. Mais qui, aujourd’hui, s’arrête vraiment pour le regarder ?

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Frison Gaspier
Quand le Dakar racontait le monde


En 1979, lorsque Thierry Sabine lance le Paris–Dakar, il ne crée pas seulement une course, mais un récit. On part de Paris, on traverse l’Europe, on descend l’Afrique, on se perd, on casse, on doute, parfois on abandonne. L’arrivée à Dakar n’est pas une ligne d’arrivée, c’est une délivrance. Le Dakar parle alors à ceux qui ne conduisent pas. Il raconte la fatigue, la solitude, l’imprévu, le courage ordinaire. Les noms des villes - Alger, Tamanrasset, Niamey, Bamako - dessinent une géographie lisible, presque romanesque. Le danger existe, parfois tragique, mais il s’inscrit dans une époque où l’aventure garde un sens partagé.



La rupture africaine

Lorsque le Dakar quitte l’Afrique en 2009, après les menaces terroristes en Mauritanie, la décision est compréhensible. Mais quelque chose se brise. Le lien entre l’épreuve et son imaginaire collectif se délite. L’Amérique du Sud offre un temps ses foules, ses paysages grandioses, ses altitudes extrêmes. Puis, depuis 2020, l’Arabie saoudite accueille la course. Un désert immense, sûr, parfaitement sécurisé, presque trop parfait. Le Dakar n’a plus de territoire symbolique commun avec ceux qui le regardent depuis l’Europe. Il traverse des espaces sans mémoire affective, sans ancrage narratif. Il roule, mais ne raconte plus grand-chose.



De l’aventure à l’ingénierie

Les machines ont changé. Les budgets aussi. GPS omniprésents, assistance technique permanente, véhicules quasi indestructibles. L’homme n’est plus face au désert, il le traverse sous contrôle. L’imprévu, jadis cœur de l’épreuve, est devenu un risque à neutraliser. Le sable n’est plus un adversaire, mais un décor. Le Dakar s’est transformé en démonstration technologique, en vitrine industrielle. Ce qui faisait son sel - l’errance, la débrouille, la fragilité - s’est effacé derrière la performance et l’optimisation.



Le silence médiatique

Les figures humaines ont laissé place aux logos. Les visages aux structures. La télévision généraliste s’est retirée sans fracas. Le Dakar n’est plus un rendez-vous collectif. Il survit à travers des résumés spécialisés, des audiences de niche, des passionnés fidèles mais clairsemés. Il existe encore, mais en marge. Il ne rythme plus les débuts d’année. Il n’alimente plus les conversations ordinaires. Il roule, essentiellement, pour ceux qui y sont déjà.



Une charge écologique impossible à esquiver


À mesure que le monde s’interroge sur ses excès, le Dakar avance à contretemps. Des moteurs surpuissants lancés dans le désert, des centaines de véhicules, une logistique lourde, des tonnes de carburant brûlées, pour un spectacle que la majorité ne regarde plus. L’argument de l’innovation ou de la recherche technologique peine à masquer l’évidence : faire rugir des machines dans le sable, en pleine incertitude climatique, relève désormais moins de l’audace que de l’aveuglement. Le Dakar n’est plus seulement décalé, il devient indécent. Inutile et vulgaire.



Pédale douce et grosse cylindrée


Le paradoxe n’est même plus caché. Le même groupe, Amaury Sport Organisation, célèbre chaque mois de juillet la sobriété vertueuse du Tour de France : mobilités douces, villages écoresponsables, caravanes repeintes en vert, discours sur la transition, la nature à préserver, le futur à vélo. C’est l’hypocrisie du mois de juillet, soigneusement emballée, parfaitement vendable. Puis vient l’hiver, et avec lui l’amnésie. Le même groupe orchestre le Rallye Dakar, balafrant des milliers de kilomètres de désert au gasoil, au nom de l’aventure et de la performance. Entre les deux, aucune contradiction officielle, seulement une alternance de récits adaptés aux saisons, aux sponsors et aux vents dominants. La morale change de braquet, mais la logique reste la même : écologie et wokisme servent d'alibis modulables aux grandes enseignes qui nous encerclent.

En complément : lisez cet article récent de la rédaction sur les mécanismes de la mondialisation.



Les drames, toujours présents


Chaque édition rappelle aussi son tribut humain : accidents, morts de concurrents, parfois victimes locales. La question n’est pas nouvelle, mais elle pèse davantage quand le sens s’effrite. À quoi bon maintenir une épreuve aussi risquée, aussi énergivore, quand elle ne porte plus de récit collectif fort ? Le courage individuel des participants ne suffit plus à justifier l’ensemble.



La course continue, le monde a changé


Le Dakar roule encore. Il traverse des déserts immenses, impeccablement cadrés, parfaitement filmés. Mais il le fait désormais dans un silence que même le vacarme des moteurs ne parvient plus à couvrir. Le monde, lui, est passé à autre chose. Et le Dakar, malgré sa démesure intacte, semble parfois rouler seul, prisonnier de son propre mythe.

Longtemps, le Dakar a craint le sable, les pannes, les hommes.

Désormais, son seul vrai grain de sable est ailleurs : dans le désintérêt croissant qu’il suscite !

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Commentaires (1)

Francois Singer
Francois Singer
04 janv.

Tellement juste !

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