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Au Risk de la mondialisation

Quentin Règles

Un article de

Le monde ne se gouverne plus. Il s’optimise. À distance, à froid, par arbitrage. Comme sur un plateau de Risk, où chaque territoire n’existe que par ce qu’il rapporte, ce qu’il produit, ce qu’il permet de contrôler. Peu importent les peuples qui y vivent. Ce qui compte, ce sont les flux.

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Quentin Règles
Le plateau est en place

Dans Risk, tous les territoires ne se valent pas. L’Alaska n’a pas la même fonction que l’Australie. Non pour des raisons morales, mais stratégiques. La mondialisation obéit à la même grammaire. Certaines zones deviennent des greniers, d’autres des ateliers, d’autres encore des marchés solvables. Le reste devient périphérique.

Ce partage n’est jamais écrit noir sur blanc, mais il est parfaitement lisible. L’Amérique du Sud pour l’élevage extensif. L’Asie pour la production industrielle. L’Europe pour la consommation à valeur ajoutée. L’Afrique pour les matières premières. Rien de figé, mais une structuration durable des décisions économiques.



Pourquoi le bœuf ici

Produire du bœuf en France coûte cher : normes sanitaires, environnementales, sociales, foncier rare. Produire du bœuf au Brésil coûte moins cher : terres immenses, élevage intensif, contraintes plus faibles, salaires plus bas. L’arbitrage est immédiat.

L’accord Mercosur ne crée pas cette réalité. Il la fluidifie. Il ne décide pas que l’Amérique du Sud nourrira l’Europe ; il rend ce scénario juridiquement simple, économiquement cohérent. La mondialisation ne tranche pas : elle valide ce qui est déjà rentable.

Elle appelle cela la raison.

Et quiconque la conteste est aussitôt mis au ban, disqualifié, dénoncé : irréaliste, nationaliste ou populiste.



Voitures, usines et territoires rayés


Même logique pour l’industrie automobile. Les chaînes de valeur sont éclatées : conception ici, assemblage là, composants ailleurs. Chaque territoire est réduit à une fonction précise. Lorsqu’un pays perd sa compétitivité sur un maillon, il disparaît du jeu.

Ce n’est pas une sanction. C’est une élimination silencieuse. Comme dans Risk, lorsqu’un territoire cesse d’être stratégique, on cesse d’y investir des armées. Il n’existe alors plus qu’un seul critère : la rentabilité. Le reste devient invisible.


Mais le système ne repose pas uniquement sur cette cartographie économique. Il tient aussi par un équilibre social précis. Des millions de travailleurs maintenus dans une zone intermédiaire : suffisamment rémunérés pour consommer, pas assez pour s’émanciper. Assez stables pour travailler, trop contraints pour penser une alternative.

Les accords de libre-échange, comme Mercosur, participent de cet ajustement. En important des biens moins chers - viande, produits manufacturés - le système compense ce qu’il refuse d’accorder par les salaires. Le pouvoir d’achat n’augmente pas ; les prix baissent. La tension est contenue.

Trop de pauvreté provoquerait la révolte. Trop d’aisance engendrerait l’indépendance. La mondialisation vise l’entre-deux : une population solvable, occupée, dépendante : mais structurellement incapable de faire autrement.

Dans cette configuration, les États deviennent secondaires. Les véritables arbitres sont ceux qui déplacent les flux…



Les vrais joueurs

Dans cette partie, les États sont souvent spectateurs. Les véritables maîtres du plateau sont ceux qui déplacent les marchandises : logisticiens, armateurs, financiers. CMA CGM incarne cette logique. Plus les échanges sont massifs, plus le système lui est favorable.

Que la famille Saadé contrôle BFMTV n’est pas une révélation sulfureuse. C’est une cohérence.

Dans un monde gouverné par les flux, l’information devient elle aussi stratégique. Ni idéologique, ni moral : fonctionnel.

Ceux qui occupent l’espace médiatique dominant ne prônent pas une doctrine, mais ce qu’ils appellent la “raison” : c’est-à-dire ce qui permet au système de fonctionner sans heurts.

La ligne éditoriale majoritaire, héritée de Maastricht, n’est pas militante. Elle est normative. Elle définit ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas, ce qui est moderne et ce qui est disqualifié. Des figures comme Alain Duhamel n’en sont pas les idéologues, mais les pédagogues : ils expliquent le monde tel qu’il doit être compris pour rester gouvernable.

Il ne s’agit pas de servir une idéologie, mais de servir ceux - comme lui - qui en bénéficient et décident ce qui est le bien : au nom de la rationalité économique, de la stabilité, et de l’évidence supposée.



L’Europe, simple plateau

L’Union européenne est souvent accusée de trahir les peuples. En réalité, elle ne les trahit pas : elle ne les intègre pas. Elle est d’abord un espace de compatibilité économique, pensé pour réduire les frictions, faciliter la circulation des biens, des capitaux et des normes.

Ce n’est pas un projet politique au sens classique. C’est une conséquence mécanique. Celle d’un monde structuré par les intérêts financiers, historiquement portés par la banque d’affaires et la fluidité des marchés.



Fourmis et cigales

Les fourmis produisent. Elles élèvent, assemblent, transforment. Elles sont locales, enracinées, remplaçables. Les cigales déplacent. Elles arbitrent, optimisent, transportent. Elles chantent le progrès pendant que les territoires se vident.

La politique, dans ce jeu, sert surtout à maintenir l’illusion de la souveraineté. Elle promet des protections qu’elle ne peut plus garantir. Elle rassure pendant que la partie se joue ailleurs.



Quand le commerce ne suffit plus


Lorsque les flux se bloquent, lorsque les équilibres deviennent instables, d’autres leviers apparaissent. La guerre n’est alors plus une anomalie, mais une extension brutale du jeu. Une manière de redessiner le plateau, de rouvrir des routes, de déplacer à nouveau les pions : une logique déjà explorée dans La guerre comme plan B des élites.



La partie continue

Le monde n’est pas dirigé par une élite occulte. Il est structuré par une logique visible, rationnelle, documentée. Et c’est précisément ce qui la rend implacable. La mondialisation n’est pas un complot. C’est un système qui fonctionne, très bien.

La question est profondément politique : voulons-nous continuer à jouer à Risk avec des règles écrites ailleurs, ou sommes-nous encore capables de redéfinir la valeur des territoires, des métiers et des vies humaines ?

Car sur ce plateau-là, ce ne sont pas les dés qui sont pipés.

Ce sont les règles. Et le récit qui les rend acceptables.


On croit souvent, par paresse intellectuelle, que les maux contemporains trouvent leur origine dans les religions, les idéologies, l’islam, le christianisme ou d’autres systèmes de croyance visibles. Mais la plus puissante d’entre elles n’a besoin ni de prêtres, ni de dogmes, ni de grandes messes.


Le dieu argent n’exige pas la foi.

Il se contente de quelques clics de souris.


« Ils ont partagé le monde », chante Tiken Jah Fakoly. La phrase n’accuse pas. Elle constate. Elle ne désigne pas un complot, mais un mécanisme. Le monde a été découpé, assigné, spécialisé. Non par haine, mais par logique.

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Commentaires (2)

serge2983
27 déc. 2025

Merci pour cet éclairage tristement réaliste ! Je fais hélas parti des moucons qui ne maitrisent pas les règles du jeu !


Francois Singer
Francois Singer
26 déc. 2025

Merci !

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